Fiscalité numérique au Burkina Faso et en Afrique

Bangtaba : asseyons-nous et parlons de l’économie numérique burkinabè

 Le thème choisi pour la deuxième édition de l’IT forum Burkina Faso est particulier, puisqu’il porte sur les « Infrastructures eGouv et harmonisation fiscale : quelle approche pour booster le numérique en Afrique ? ».

Loin de nous l’idée de rapporter en détail l’ensemble des propos échangés, nous effectuerons un état des lieux des progrès accomplis par le Burkina Faso dans la réalisation de sa stratégie numérique, évoqués au cours de la plénière 1, puis tout au long de la journée, et complété par des recherches et des rendez-vous spécifiques, puis nous aborderons les aspects de fiscalité, d’innovation et de confiance numérique, qui ont fait l’objet des débats.

 

  • Les progrès accomplis par le Burkina Faso dans le domaine du numérique.

Mme Hadja Fatimata Ouattara/Sanon, Ministre du Développement et de l’Economie Numérique du Burkina Faso a donné le ton du forum IT en s’appuyant sur la stratégie « Burkina numérique 2025 » visant à « créer une économie numérique compétitive qui impacte positivement, durablement et de façon inclusive, le développement du pays ». Outre ses aspects transversaux, cette stratégie, basée sur un rapport de « politique nationale de développement de l’économie numérique (PNDEN) »,  se décline en cinq stratégies sectorielles, dont les trois premières sont précisées (e-Gouv, e-commerce, e-éducation) tandis que les deux dernières sont en cours d’élaboration (e-santé, e-MondeRural).

 

Aux côtés des opérateurs et de la société civile, plusieurs acteurs publics sont impliqués dans la mise en œuvre de cette stratégie, et notamment le ministère (MDEN), le régulateur (ARCEP), l’agence de sécurité (ANSSI), l’agence de promotion des TIC (ANPTIC)[1], le Secrétariat permanent de modernisation de l’administration, la Commission Informatique et liberté (CIL), ainsi que les DSI des administrations. Voici quelques-unes de leurs réalisations et projets dans les différents thèmes de la stratégie :

Domaines Réalisations Projets
Stratégie Stratégie d’infrastructures[2]

Politique nationale de développement de l’économie numérique (SNDEN)[3] Plan « Burkina numérique 2025 »[4]

Cyberstratégie eGouvernement[5]

Plan d’action de développement des TIC[6]
Connectivité PARICOM[7]

RESINA[8]

PRICAO-BF[9]

Extension du RESINA[10],
Plates-formes Plateforme G-cloud[11]

Plateforme Open data – NENDO

Plateforme G-cloud[12]

Plateforme Open data Bodi

e-gouv e-Conseil des ministres

Portail de l’administration

Vidéoconférence de l’Etat

Base de données des démarches administratives

e-finances SIMP[13], impôts[14] CIDepenses[15],

Guichet unique SYLVIE[16], SIDONIA

Télédéclaration des impôts
e-fonction publique Sigaspe[17]
e-santé et e-social Plate-forme « e-santé et protection sociale des pauvres[18] »

m-cancer

e-éducation Programme de mise en place de la plate-forme e-education[19] En projet
e-monderural Programme e-monderural[20] En projet

 

Malgré ses avancées significatives, le Burkina Fao reste stable sur l’indice NRI du forum économique mondial en passant de la 130ème place en 2013, à la 136ème place en 2014 et à la 132ème place en 2015. Il ne progresse donc pas aussi vite que d’autres pays voisins en matière d’eGouv, comme l’indiquent les tableaux ci-dessous retraçant l’évolution des classements des pays comparables au Burkina Faso, selon l’indice relatif à l’e-Gouv. En effet, sur un total de 193 pays classés, le Burkina Faso a perdu 7 places en régressant de la 178ème place mondiale en 2014 à la 185ème place en 2016.

Classement des pays sur l’indice eGouv (EGDI)

 

En préparant la future stratégie, l’IDATE a effectué une analyse des forces, faiblesses, opportunités et menaces du Burkina Faso pour la mise en place d’une politique nationale de développement de l’économie numérique, dont il ressort les éléments suivants[21]

  • Quelle fiscalité (harmonisée) pour faciliter la croissance du numérique ?

La fiscalité est un outil au service du développement. La fiscalité du secteur numérique pose des questions spécifiques en matière de territorialité ou de qualification des opérations[22]. Elle se caractérise également par la coexistence de taxes communes et de taxes spécifiques comme le montre l’exemple ci-dessous de la téléphonie mobile[23].

Les taxes communes sont réglementées et harmonisées au sein de la CEDEAO et de l’UEMOA tandis que la taxation du commerce électronique fait l’objet de travaux et de recommandations de l’OCDE dans le cadre du projet BEPS[24]. Une difficulté particulière à la fiscalité du numérique provient de ce que les Etats sont particulièrement imaginatifs pour taxer toutes les étapes de la chaine numérique : droits de douane sur les terminaux, taxes sur les communications, taxes sur les appels entrants, taxes sur les fréquences, taxe pour le service universel, taxes sur l’activité télécom, etc. …

« Trop d’impôt tue l’impôt » dit-on, et, à montant égal, certains types d’impôts ont des effets plus destructeurs de l’économie, car ils pèsent sur les plus pauvres, ou ils gênent le développement d’un secteur.

Plutôt que de taxer le secteur numérique au risque d’en freiner le développement, il est possible de recourir au numérique pour développer les recettes fiscales par différents moyens :

  1. élargir l’assiette fiscale en augmentant le nombre de contribuables par des outils numériques (ex : foncier…) ;
  2. réduire le coût de recouvrement de l’impôt (ex télédéclaration et télé-prélèvement des impôts en Côte d’Ivoire) ;
  3. accélérer le paiement de l’impôt (ex TPV au Kenya) ;
  4. réduire la corruption par une meilleure traçabilité des sommes dues, payées et perçues ;
  5. favoriser les recoupements et, partant, la lutte contre la fraude fiscale ;
  6. augmenter les salaires des agents de l’Etat en diminuant le nombre des agents fictifs (ex Togo, Côte d’Ivoire, Gabon) ;
  7. améliorer les investissements étrangers par un meilleur climat des affaires (Doing business).

 

  • Comment favoriser les innovations numériques ?

La population de l’Afrique va doubler d’ici à 2050 en passant de 1 à 2 milliards d’habitants. Il n’est pas possible de créer les infrastructures correspondantes selon les modèles traditionnels, aussi faut-il mettre en place des solutions innovantes pour répondre à ces besoins croissants en matière de santé, de transport, d’éducation etc.

En matière de technologies-clés, voici trois innovations de rupture évoquées par les intervenants :

  • Les réseaux mobiles 5G pour l’Internet des objets[25];
  • Les drones et les microsatellites[26]
  • La technologie blockchain pour la traçabilité des transactions[27]

Dans les domaines plus traditionnels de l’innovation, les participants ont évoqué quelques aspects de l’écosystème nécessaire au développement de l’innovation :

  • Besoins de financements à tous les stades de développement des entreprises depuis l’idée avec le seed money et les business angels, puis le capital-risque, dont l’Afrique bénéficie à peine 1 % du volume mondial, et le capital développement avec des institutions comme Proparco, sans oublier les solutions innovantes de tontines électroniques comme celles d’Africawiki qui a levé 13 M€ pour le financement de projets africains
  • Besoins d’accompagnements individuels des porteurs de projets numériques innovants, depuis les enfants, les incubateurs comme BeogoLab au Burkina Faso ou des initiatives privées comme celles de Gaindé au Sénégal[28], Andela au Nigeria[29] ou Keolid au Burkina[30], la Frenchtech d’Abidjan, etc.
  • Besoins de réflexion par filières, car les Africains ont des idées mais elles n’ont pas accès à un marché important, si bien qu’un des leviers consiste à leur permettre d’accéder à la commande publique et à un marché régional.

Pour favoriser l’écosystème numérique privé, les entrepreneurs du numérique burkinabés ont créé la  fédération burkinabè du numérique du Faso, le samedi 22 juillet 2017, avec plus de 17 associations professionnelles du numérique, dont les deux plus grandes (GPTIC, RPTIC).

 

  • La confiance dans l’économie numérique, condition du développement

Le Burkina a mis en place une agence nationale de sécurité des systèmes d’information, (ANSSI), placée tout d’abord auprès du ministère de la sécurité puis placée auprès du premier ministre.  Il a créé un CERT chargé d’envoyer des alertes aux ministères mais ces derniers n’ont pas toujours mis en place le responsable de sécurité des systèmes d’information (RSSI)  capable de les traiter.

D’après le Commissaire Zongho, la cybercriminalité est organisée en réseau qui ne connaît pas de frontières, aussi aucun Etat ne peut gérer seul sa propre cybersécurité et il est nécessaire que les pays africains coopèrent dans ce domaine, en créant peut-être une ANSSI régionale ou africaine qui formerait des correspondants dans les Etats et dans leurs ministères.

 

  • Le partage d’informations

Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres, et notamment en matière de la lutte contre la corruption, un des points-clés évoqué par plusieurs intervenants, est le partage sécurisé d’informations et l’échange de bonnes pratiques,  au sein d’un ministère, entre les ministères et entre les Etats.

Tel est le sens du nom moré « Bangtaba » qui peut se traduire par « asseyons-nous et parlons », qui, à l’ère du numérique, impose de compléter le traditionnel arbre à palabres par des outils collaboratifs sécurisés.

 

Alain Ducass

Expert de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

 

 

 

[1] L’ANPTIC est un établissement public à caractère administratif, créée par décret du 07 février 2014, tandis que ses statuts ont été approuvés par décret du 28 décembre 2016. L’agence a pour objectif de favoriser l’approfondissement de l’appropriation des TIC; l’innovation à travers le développement d’une expertise nationale reconnue et d’une industrie locale de services performante et compétitive, basés sur ces technologies ; assurer la mise en œuvre des projets et programmes de développement des TIC ; opérationnaliser la stratégie du Gouvernement en matière d’administration électronique ; promouvoir l’utilisation des TIC dans les autres domaines de développement économiques, social, scientifique et culturel ; assurer l’opérationnalisation de la cyber-stratégie nationale adoptée en 2004. www.anptic.gov.bf

[2] Stratégie d’opérationnalisation du plan de développement de l’infrastructure nationale d’information et de communication, élaborée avec le concours de la Banque mondiale et du PNUD et adoptée en Conseil des ministres le 13 octobre 2004

[3] Rapport adopté en octobre 2016.

[4] Voici un extrait du SDEN, évoqué par la ministre comme objectif du plan « Burkina numérique 2025 » : ‘A l’horizon 2025, le Burkina Faso dispose d’une économie numérique compétitive qui impacte positivement, durablement et de façon inclusive, le développement du pays »

[5] Document de janvier 2013, élaboré avec l’appui de la CEA, comportant 35 projets, d’un coût estimé de 47 milliards de francs CFA, sur la période 2015-2017 dont 34,15 pour les infrastructures, 6,76 pour le renforcement du cadre juridique et institutionnel, 4,95 pour la dématérialisation des procédures administratives et le développement des services en ligne, 0,65 pour le renforcement des compétences des agents publics et 0,76 pour l’accessibilité des citoyens et usagers.

[6] En 2017, l’Agence luxembourgeoise pour la Coopération au Développement (LuxDev) a lancé un appel à manifestation d’intérêt dans le cadre du projet BKF/021, pour recruter un cabinet d’’expertise chargé de réaliser le Plan stratégique de développement et des études économiques et financières au profit de l’ANPTIC.

[7] Le programme d’appui au renforcement des infrastructures de communication (Paricom) est un programme créé par décret du 20 février 2014, géré par l’ANPTIC, pour améliorer l’offre de services de communication électronique sur toute l’étendue du pays.

[8] Le Réseau Informatique National (RESINA), inauguré le 16 novembre 2015, est une infrastructure nationale en fibres optiques (backbone) comportant à terme 5000 km. Il est piloté par l’ANPTIC et déployé par Huawei Technologies pour un coût évalué initialement à 120 milliards de Fcfa. Il doit notamment relier les administrations publiques des villes de Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya, Kaya, Ziniaré et Fada N’gourma, avec l’administration centrale située à Ouagadougou.

[9] PRICAO-BF : Alors que le RESINA se limite à l’infrastructure publique nationale, le programme régional d’infrastructures de communication en Afrique de l’ouest- Projet du Burkina Faso inclut les infrastructures privées et les interconnexions internationales.

[10] Le projet d’extension du Réseau Informatique National (RESINA), créée par arrêté du 20 novembre 2015, a pour 1er objectif d’apporter une réponse aux besoins présents et futurs de communication et échange de données avec et au sein de l’administration, en l’étendant notamment aux 45 provinces du Burkina Faso. Lors du forum IT, des indications partielles ont été données sur l’avancement de ce projet au 30 juin 2017. Il comporterait un backbone national de 307 km, complétés par les réseaux métropolitains d’Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, et raccorderait déjà 403 sites publics sur les 605 sites identifiés. En zone rurale, des stations de base WiMax, bien adaptées à l’échange de données numériques (voix, données, images et vidéo) sur de grandes distances, supporteraient un réseau IMPLS offrant des liaisons à 10 GBps.

[11] Le projet de plateforme « G-Cloud », créé par arrêté du 10 mars 2015, a pour 1er objectif d’accélérer et de faciliter le développement en matière d’e-éducation, e-Gouvernement, télémédecine, e-services au profit du monde rural…, à destination des citoyens, de l’administration et des entreprises. Son coût a été évalué à 47 milliards de Fcfa, sa gestion confiée à l’ANPTIC et sa réalisation en grande partie à la société Alcatel-Nokia. Il vise à offrir aux services administratifs, entreprises, citoyens l’accès à un ensemble de ressources informatiques partagées et configurables par des liaisons fixes (RESINA) et mobiles (3G), sans interaction directe avec le prestataire de service. Elle comporte plusieurs couches d’applications avec des API, des applications en mode SAAS natif.

[12] L’arrêté susvisé prévoit une fin du projet au décembre 2019.

[13] Système d’information intégré des marchés publics (SIMP)

[14] Les applications IFU, SINTAX, STARE, REFI, etc. ont été développées dans le but d’automatiser les procédures fiscales.

[15] Outil de gestion de la Direction Générale du Budget

[16] Le Système de liaison virtuelle pour les opérations d’importations d’exportations (Sylvie), réalisé entre 2011 et 2013 entre, réunit sur une plateforme électronique, tous les acteurs publics et privés qui délivrent des documents exigés pour le dédouanement des marchandises.

[17] Le Système Intégré de Gestion Administrative et Salariale du Personnel de l’Etat (SIGASPE) est un outil de gestion des ressources humaines de l’administration publique. Il permet de gérer la carrière et la solde des agents publics de l’Etat.

[18] Ce programme prévu sur la période 2004-2006 était une composante de la Stratégie d’opérationnalisation du plan de développement de l’infrastructure nationale d’information et de communication. D’un budget estimé de 1,5 milliard de francs CFA, il visait notamment à améliorer et diversifier les canaux d’accès à la santé et à la protection sociale des pauvres.

[19] Ce programme prévu sur la période 2004-2006 était une composante de la Stratégie d’opérationnalisation du plan de développement de l’infrastructure nationale d’information et de communication. D’un budget estimé de 2,5 milliard de francs CFA, il visait notamment à renforcer le réseau RENER et améliorer l’écosystème éducatif grâce aux TIC.

[20] Ce programme dont la faisabilité a été réalisée avec de du CRDI, couvrait la période 2004-2006. Il constituait une composante de la Stratégie d’opérationnalisation du plan de développement de l’infrastructure nationale d’information et de communication. D’un budget estimé de 1 milliard de francs CFA, il visait notamment à mettre en place une plate-forme d’e-services pour le développement du monde rural.

[21] Le présent tableau, obtenu officieusement lors du forum IT du Burkina Faso, n’a pas encore été approuvé en Conseil des ministres et, de ce fait il revêt un caractère provisoire, non officiel.

[22] Ainsi pour la vente internationale d’un logiciel, il importe de savoir s’il s’agit d’une livraison de biens ou d’une prestation de services, car l’Etat habilité à récolter l’impôt n’est pas le même suivant les cas.

[23] Tableau tiré d’une étude de Deloitte pour le GSMA.

[24] L’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) fait référence aux stratégies de planification fiscale qui exploitent les failles et les différences dans les règles fiscales en vue de faire « disparaître » des bénéfices à des fins fiscales ou de les transférer dans des pays ou territoires où l’entreprise n’exerce guère d’activité réelle. Le cadre inclusif rassemble plus de 100 pays et juridictions qui travaillent en collaboration pour mettre en œuvre les mesures BEPS et lutter contre l’érosion de la base fiscale et les transferts de bénéfices.

 

[25] L’assemblée des radiocommunications a approuvé les modalités d’élaboration des normes relatives aux réseaux 5G, en vue de leur approbation par la conférence mondiale des radiocommunications de 2019. Ces technologies permettront des connexions point-à-point de 100 Mbps, et la possibilité d’un million de connexions par km² avec des temps de latence faibles Les enjeux consistent à soutenir les services de l’internet des objets et les applications à très haut débit et en temps réel

[26] Le Ghana a lancé son satellite et, en 2019. La conférence mondiale des radiocommunications devrait adopter des dispositions  sur les satellites de masse inférieure à 100 kg dont le domaine principal d’application est l’exploration de la terre.

[27] Une blockchain publique peut être assimilée à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable. Comme l’écrit le mathématicien Jean-Paul Delahaye, il faut s’imaginer « un très grand cahier, que toutes les personnes habilitées  peuvent lire librement et gratuitement, et sur lesquelles elles peuvent écrire, mais qu’il est impossible d’effacer. »

[28] Gaindé organise des challenges annuels où elle sélectionne des entreprises sénégalaises à qui il offre 1 MFCFA en trésorerie, un contrat de sous-traitance et un hébergement pendant un an.

[29] https://andela.com/

[30] http://www.keolid.com/

E-Gov Development in Africa

Some International Organizations are publishing international benchmarking reports which include valuable
information about the information society.
The International Telecommunication Union publishes every year their “Measuring the Information Society
Report” (ITU, 2015). The Information Development Index which ITU publishes is based on three sub-indicators:
access indicators, use indicators and skill indicators, but it does not include any e-Gov indicators.
The World Economic Forum publishes the Networked Readiness Index (WEF, 2015), as shown in figure 1. This
includes an 8th pillar dedicated to the Governmental uses of Information technologies.
Figure 1: Networked Readiness Index (WEF, 2015)
This subindex deals with the manner in which the Government is using IT to practice employees’ jobs, but it is
not yet an e-Gov index.
The only specific index dedicated to e-Gov is the “e-Government Development Index” published by the United
Nations (UN, 2016):
The E-Government Development Index presents the state of E-Government Development of the United
Nations Member States. Along with an assessment of the website development patterns in a country,
the E-Government Development index incorporates the access characteristics, such as the
infrastructure and educational levels, to reflect how a country is using information technologies to
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promote access and inclusion of its people. The EGDI is a composite measure of three important
dimensions of e-government, namely: provision of online services, telecommunication connectivity and
human capacity.
According to this index, as can be seen in figure 2, Europe seems to be the leader and Africa the last region in
the world.
Figure 2: 2016 E-Government Development Index
Within Africa, as can be seen in figure 3, all regions are not equal:
Figure 3: 2016 E-Governent Development Index within Africa
According to the chart, western Africa and middle Africa are the last regions in the world for e-Government.
The question now is whether or not they are going to leap-frog development in that field.
To answer this question let us first of all set out some basic information:
• The African countries used to have an administration with very few services provided to the citizens
and companies. Now they all are moving towards e-Gov. While developing e-Government, African
countries are developing it together with administrative services.
• E-Gov is only one of the three pillars of a digital strategy, including connectivity (to bring broadband
to anyone, anywhere, whatever the receiving device), business (to develop national IT skills and
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companies as well as B2B, B2C and C2C e-transactions), and e-Gov (to develop e-services between
the Government and the civil society, and within the Government itself).
• A prerequisite for a country to develop e-Gov is that the administrative services and the citizens
could be connected to the web with fixed or mobile devices. Generally, this condition is reached in
the main towns of the countries but not in the villages, so that e-Gov is still a late arrival in African
countries.
• A main goal of e-strategies is sovereignty, meaning that a country should be able to keep a part of
the IT turnover and data inside the country. This goal means that the country has developed and is
acting to develop national IT companies. This is definitely a key factor: to customize, maintain and
adapt e-Gov applications as well as other IT applications.
• It is very difficult to compare the e-Gov programs of two different countries because each e-service
can have a very different level of interactivity, so that two e-services with the same name, such as a
Governmental portal, can mean very different realities and incur very different costs.
• Culture and corruption are not at all the same in Europe and in Africa. One factor to take into
account in Africa is the very low salary that civil servants receive for their jobs. This is the reason
why many African civil servants must have a second job to feed their families, or a second revenue
stream from the people they help with their administrative activity. Hence it is necessary to
investigate the social impact of e-Gov before implementing it.
• E-Gov is not a project like building a house, but features a program that includes some key projects
and a large number of smaller ones.
To go further, figure 4 shows a global chart of an e-Gov Strategy and action plan.
Figure 4: e-Gov strategy and action plan
It includes, first of all, a strong management layer, in charge of the goals, the legal frames, the semantic
standards, the action plans and also of the ministerial projects coordination.
It also includes some major blocs of e-Gov such as an intranet network to connect the public bodies, a data
centre to host the e-services, and also of an interoperability and e-Gov services platform, allowing the
individual ministries easily to develop e-Services.
Then an e-Gov action plan includes one or many portals for the various public services (e-education, e-health,
e-agriculture, e-taxes, e-social …). Some of them are top-down designed, allowing the ministries to publish
information to the citizens, or companies. Some other ones are said to be “open data”, allowing the public
sector to re-use the public information, which is shared with the private sector. Some of them are
collaborative, with information provided by the users and the administration together to build up e-Services.
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Many other topics about e-Gov could be told, but for now, let us stop on one last one; that is the need for
collaborative tools between the civil servants and other persons in charge of e-Gov, to reduce the cost and
enhance efficiency.
Some words have to be given about the cost-effectiveness of e-Governement. The World bank and some other
donors are sometimes ready to invest 50 to 100 million dollars to help a country developing e-Gov, but they
have in mind finance, real estate and “brick and mortar” projects rather more than e-projects. This is not
completely false logic, because there is a risk of financing useless projects if they are not well coordinated
within a national strategy and real action plan.
One key success factor is indeed the good circulation of information between the many persons in charge of e-
Gov in a country and in a region.
This point will give an occasion for a further article, together with the main publications related to real e-Gov
in Africa.
References
International Telecommunication Union, 2015. Measuring the information society report. [online] ITU. Available at
http://www.itu.int/en/ITU-D/Statistics/Pages/publications/mis2015.aspx [Accessed 14 March 2017]
World Economic Forum, 2015. Global information technology report ; network readiness index. [online] WEF. Available at
http://reports.weforum.org/global-information-technology-report-2015/network-readiness-index/ [Accessed 14
March 2017]
United Nations, 2016. E-Government Development Index. [online]

 

Available at
https://publicadministration.un.org/egovkb/en-us/About/Overview/-E-Government [Accessed 14 March 2017]

 

Alain Ducass
Associate Editor, EJEG
alain.ducass(@)energeTIC.fr

Talents et compétences numériques en Afrique

Talents et compétences numériques en Afrique

La question des talents et compétences numériques en Afrique a été soulevée par un grand nombre d’orateurs des assises de la transformation digitale en Afrique. S’agit-il d’un effet de mode ou d’un vrai problème ?

Tel est l’objet du présent article, basé sur les propos de ‘Développer les compétences : un enjeu majeur de l’emploi en Afrique[1], lors des rencontres Africa de septembre 2016, des auteurs du rapport de l’Institut Montaigne[2] et sur les propos tenus lors de la table-ronde tenue aux assises de la transformation digitale de l’Afrique le 26 octobre 2017 à Paris.

Les besoins en compétences

Qu’elles soient localisées en Europe ou en Afrique, toutes les entreprises du numérique ont un besoin régulier de nouvelles compétences, qui permettent à une personne de résoudre les problèmes qui lui sont posées. En termes de management, cela nécessite savoir-faire, pouvoir-faire et vouloir-faire. Les entreprises vont rechercher ces compétences dans l’embauche de jeunes, la formation continue, les partenariats, etc…

Selon l’Institut Montaigne, la difficulté à recruter et à fidéliser ces compétences en Afrique se caractérise comme suit :

  • le manque de formation, l’hétérogénéité des structures éducatives sur le continent figurent parmi les principaux facteurs de blocage évoqués par les entrepreneurs, investisseurs, français comme africains, et les bailleurs de fonds. […]
  • Le manque de qualifications des cadres intermédiaires et techniques est criant. L’ensemble des entreprises interrogées dans notre panel a mis en exergue les difficultés de recrutement de cette catégorie de personnel en Afrique et la pénurie de niveaux bac –2 / bac +3.
  • Face à la pénurie, ou plutôt à l’inadéquation entre les jeunes formés et les demandes des entreprises, celles-ci ont mis en place différentes stratégies :
    • Recruter des cadres africains externes à l’entreprise, y compris en dehors d’Afrique (les fameux « repats » ou « returnees ») ;
    • Identifier, au sein des organisations, les talents qu’il s’agit de faire « monter » en puissance ;
    • Recourir à l’expatriation interafricaine ;
    • Créer des centres de formation dédiés aux métiers techniques de l’entreprise.

 

Elles ne remplacent cependant pas de vraies formations pérennes et qualifiantes.

 

Les formations qualifiantes

Quand on compare le nombre de formations prévues par l’Africa code week (500 000 codeurs)  et le nombre de développeurs Java devant être formés par Objis (un objectif de  10 000), on a l’impression d’une disproportion, mais, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que la formation au numérique recouvre des réalités très différentes les unes des autres, qu’il convient de resituer dans leur domaine.

 

La formation scolaire, primaire et secondaire, donne l’occasion d’une initiation à l’informatique, dans le cadre ou hors cadre de l’école :

  • L’African code week[3] et sa Web-Série donne l’occasion à des enfants, adolescents et étudiants africains de 35 pays de vivre une première expérience de codage par le jeu et par des exemples ; elle vise à briser les idées reçus et encourager les jeunes à choisir les filières du numérique.
  • Compte tenu du nombre de personnes à former, il faut trouver d’autres solutions que l’enseignement classique pour massifier l’enseignement en Afrique. Les conclusions de l’étude « Accès à l’éducation via un mobile[4]» indiquent que ce dernier constitue le principal levier de la dynamique des TIC pour mettre à disposition des contenus éducatifs.

La formation professionnelle (entre bac -2 et bac +3) donne l’occasion à des Etats ou à des entreprises de transmettre des compétences pratiques et donc des métiers aux étudiants. Elle existe en Afrique même s’il y a sans doute une certaine inadéquation entre les besoins (des développeurs et des mécaniciens) et les formations (ex. des sociologues), qui nécessitent de mieux institutionnaliser le dialogue entre organismes de formation et entreprises. Par ailleurs, des entreprises agissent également pour leurs collaborateurs, voire dans le cadre de leur responsabilité sociale d’entreprise (RSE) en vue de développer l’employabilité :

  • Par le déploiement du e-Learning « Digital for all[5]», Danone cherche à sensibiliser aux outils du digital près de 120 000 collaborateurs à travers le monde ;
  • Les trois programmes RH Excellence Afrique[6], Lead Campus et Young leader[7], accompagnent le renforcement des compétences en Afrique ;
  • Objis forme 10 000 codeurs[8] aux technologies « Java Web Mobile » à partir d’un programme de formation en cours du soir de 12 mois, à raison de 3 séances de 3 heures par semaine.  Dans le cadre de sa stratégie RSE (Responsabilité Sociale d’Entreprise) Objis subventionne à ce jour ~ 90% du prix réel de la formation, le reste étant financé par le bénéficiaire. Cela permet à des bénéficiaires de Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun de payer des mensualités de 25.000 FCFA à 40.000 FCFA sur une durée de 12 mois. Si au plus tard six mois après la fin du cursus, le bénéficiaire n’est pas inséré professionnellement, Objis rembourse la totalité des frais qu’il a engagés.
    En France, Simplon.co[9] propose – au travers d’un réseau d’écoles « fabriques sociales numériques » – des formations présentielles gratuites qualifiantes ou des formations rémunérées certifiantes à des métiers techniques du numérique, particulièrement recherchés et ce en priorité aux personnes éloignées de l’emploi dans les quartiers populaires, les milieux ruraux et en Outre-Mer ;
  • En Afrique, Didier Acouetey rappelle que la formation aux métiers correspond aux plus grands besoins des entreprises et qu’elle est extrêmement visuelle, si bien qu’elle se prête très bien à des formations vidéo sur smartphone.

La formation supérieure tend à répondre aux besoins des entreprises pour des cadres :

  • Netinfo, à Tunis, a formé 5000 étudiants en dix ans, sur des formations qualifiantes et certifiées en infographie (2D et 3D), aux techniques de production de l’image de synthèse 3D (orientées architecture, publicité, cinéma, design,…), des effets spéciaux visuels, du cinéma d’animation (Traditionnelle et numérique 2D et 3D) et des jeux vidéo, et apparemment, aucun d’entre eux, n’est au chômage. Il montre les possibilités des industries créatives culturelles numériques (jeu vidéo, dessins animés, réalité virtuelle, effets spéciaux, 3D…) comme un important vivier d’emploi pour les jeunes en Afrique, totalement méconnu.
  • En Côte d’Ivoire, le ministère a créé l’ESATIC[10], pour compléter l’offre de formation supérieure au numérique.
  • En Tunisie, les enseignants des écoles du numérique ont créé leur école privée, ESPRIT, qui, depuis 2014, forme autrement, en apprentissage par projet, avec une forte mobilité internationale ;
  • En Algérie, le ministère des TIC cherche à donner un second souffle aux écoles supérieures des TIC dont la majorité des étudiants ne vont plus dans les entreprises du secteur TIC mais dans les directions numériques des grandes entreprises de tous les secteurs
  • Au Maroc, l’AUSIM[11] parraine 6 à 7 grandes universités et écoles d’ingénieurs, dont l’Université Internationale de Casablanca (UIC), avec qui elle lance un MBA en Technologie et Innovation Technologie et Innovation.

La formation à distance vient apporter des éléments de réponse à tous les stades de la formation, comme nous l’avons évoqué pour la formation professionnelle. Il faut cependant prendre conscience que la relation entre l’enseignant et l’étudiant s’est complètement transformée. L’enseignant devient un accompagnateur, un médiateur, un tuteur, un coordonnateur et l’étudiant un acteur de sa formation.

A partir de ces quelques exemples, on peut constater que le monde de la formation au numérique est en pleine évolution en Afrique comme ailleurs.

Malheureusement, de nombreux étudiants diplômés ne travaillent pas en Afrique selon leurs compétences, et ce,  pour différentes raisons :

  • Beaucoup ne trouvent pas de travail car l’emploi salarié ne peut absorber tous les candidats ;
  • Un grand nombre de femmes quittent la vie professionnelle pour la vie familiale
  • Une partie quitte l’Afrique pour chercher des emplois mieux rémunérés en Europe ou ailleurs.

Dans tous les cas, ces situations constituent une perte pour l’Afrique. Une des causes, parmi d’autres, est le manque de compétences au-delà du simple savoir.

L’acquisition de compétences 

La DRH d’Orange évoque la notion de « guerre des talents » sur un marché caractérisé par  une rude concurrence avec les autres opérateurs sur les fonctions techniques, mais aussi avec les banques, les mines et l’agroalimentaire pour les fonctions support. Pour trouver ses nouvelles recrues sur un marché africain, elle utilise son site dédié OrangeJobs, ses sites locaux, les réseaux sociaux et les salons de recrutement en ligne « qui nous permettent de toucher une population plus large que les salons physiques et ce, à moindre coût.»[14].

Nombre d’entreprises parviennent à recruter les compétences qu’elles recherchent en publiant des offres d’emplois ou en faisant appel à des cabinets de recrutement. Voici quelques offres d’emploi pour l’Afrique dans les secteurs informatiques et télécommunications, trouvées le 31 octobre 2017 :

  • Afri-emploi trois offres[15];
  • Africsearch quatre offres[16];
  • Talents-plus conseils : 8 offres dans l’informatique et 14 dans les télécommunications[17];
  • Orangejobs : 135 offres de stages ou d’emplois en Afrique.

D’autres entreprises trouvent des personnes qui disposent des connaissances techniques requises mais n’ont pas l’expérience qui leur permet d’acquérir les compétences recherchées. Elles renoncent alors parfois à les recruter.

Passer du savoir à l’expérience

Pour les jeunes formés qui ne trouvent pas de travail, la formation peut être dangereuse, car elle casse un espoir déçu. Il convient alors briser le cercle vicieux de la formation-chômage,  mais comment faire ?

Plusieurs pistes ont été évoquées, dont nous allons donner un aperçu :

La création d’entreprise est l’une des pistes à envisager pour des jeunes formés qui ne trouvent pas de travail. Le numérique est un champ particulièrement bien adapté car la principale matière première dont il a besoin est celle du cerveau humain, dont l’Afrique est largement pourvue. Plusieurs livres[18] blogs[19], formations ou accompagnements[20] permettent de guider les créateurs et porteurs de projets. L’un des moyens consiste à rejoindre un incubateur d’entreprises comme il en existe plusieurs dizaines en Afrique, comme l’indiquent Afric’innov[21], Start-up-brics [22] ou Hubafrica[23] et prochainement Smart Africa[24], dont le volet start-up est porté par la Tunisie.

Sans nous attarder, rappelons que la création d‘entreprises ne suffira pas à employer les 12 millions de jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail[25], sans compter les 100 à 150 millions de jeunes sortis du système éducatif africain sans qualification. Un passage à l’échelle des start-ups est nécessaire sur les modèles tant enviés de  MPesa pour le transfert d’argent ou de Jumia pour le commerce électronique.

 

Des fonds d’accompagnement contribuent à cette mise à l’échelle. A titre d’exemple, l’index Up40[26], qui rassemble les 25 start-ups françaises les plus dynamiques sur le continent africain précise qu’avec 24 M€ de fonds levés pour un investissement global de 32 M€ en Afrique, ces start-up employaient 335 salariés en 2016 et représentaient un chiffre d’affaires cumulé de 35 M€. En 2017, l’index devrait représenter plus de 880 emplois et un chiffre d’affaires cumulé estimé à 84 M€.

 

L’immersion en entreprise est souvent nécessaire pour donner à des étudiants l’expérience du travail en entreprise. Les stages en entreprises, et notamment dans les entreprises européennes, constituent la solution la plus simple, mais ce système se heurte souvent à la politique française des visas, jugée trop dure face aux besoins des entreprises, avec le résultat que les talents africains se tournent vers le Canada et les pays anglo-saxons. Plus structurants que les stages, l’apprentissage encore embryonnaire en Afrique, a fait ses preuves en Europe. Enfin, on assiste en outre à des initiatives ponctuelles intéressantes d’entreprises comme la société Avenir-France[27] qui a ouvert une filiale en Algérie où elle envisage de recruter des jeunes diplômés, puis de les emmener en Europe pendant quelques mois pour leur donner une expérience opérationnelle et enfin de les ramener en Algérie où ils peuvent être employés après avoir acquis une expérience du travail en entreprise.

Le mentorat industriel et la recherche appliquée sont également des voies fondamentales pour permettre à la formation et aux entreprises de travailler ensemble et non pas isolément.

La coopération Nord-Sud et Sud-Sud entre entreprises est une autre voie de création de valeur comme l’indiquent les initiatives ci-après :

  • comme le suggère le CIGREF dans ses deux rapports de 2015 « enjeux et défis de l’entreprise numérique[28] » et de 2017  « Open innovation[29] » qui expliquent les facteurs de succès de la collaboration entre grandes entreprises et start-ups, pour mener des innovations agiles : répondre à un cas d’usage précis, impliquer la direction générale, prendre les risques nécessaires, mettre en place un circuit court de décision, mobiliser des ressources pour créer un prototype et prévoir de passer à l’échelle en cas de réussite, prendre en compte de la sécurité dès le départ.
  • L’alliance franco-tunisienne pour le numérique[30] qui, au moins à son origine, a permis à des entreprises françaises et tunisiennes de s’associer pour conquérir des marchés africains ;
  • L’Alliance pour le Développement digital[31], qui regroupe les fédérations professionnelles des industries numériques de différents pays du monde ;
  • Le think-tank « Club 2030[32]» partage ses idées sur la contribution potentielle du numérique pour  faire évoluer la société africaine, en formant des talents de façon massive et pour accélérer le développement des politiques publiques en Afrique avec la création des talents de
    demain ;
  • Le think-tank IPEMED[33] apporte ses idées sur le co-développement selon la verticale Europe-Méditerranée-Afrique subsaharienne, notamment en matière de numérique ;
  • Le digital lab africa[34] est un espace de co-production franco-africain soutenu par l’Institut français dans cinq domaines de réalité culturelle. Il vient de lancer un nouvel appel à projets.
  • Le site digi4dev partage des informations sur le thème du numérique au service du développement, telles que les résultats du colloque de l’OCDE sur l’industrialisation de l’Afrique[35].

Le management des talents

Si les entreprises éprouvent des difficultés à recruter des cadres intermédiaires, elles éprouvent également toutes les peines du monde à les fidéliser. La rareté se paie et certains secteurs – le pétrole ou les mines – offrent des salaires très concurrentiels, qui pénalisent d’autres secteurs d’activités.

Les professionnels des ressources humaines identifient trois niveaux de compétences : technologiques (savoir),  méthodologiques (savoir-faire) et comportementales (savoir-être). En 2005 254 groupes nord-américains et 44 groupes européens (dont 11 français issus du SBF 120) ont répondu à une enquête de Towers Perrin en définissant généralement les talents comme les collaborateurs capables à la fois d’adaptabilité et de rigueur, adhérant aux valeurs de l’entreprise et ayant un impact fort sur la performance de l’entreprise. Il ressort de l’enquête que le développement des talents restait le principal défi des entreprises et que les entreprises européennes accusaient alors un retard face aux entreprises nord-américaines.

Pour ma part je considère comme dangereux de n’évaluer les talents que selon des critères « occidentaux », en risquant ainsi d’omettre les valeurs africaines de dialogue et de solidarité nécessaires aux entreprises et à l’humanité.

Georges Belfort, ancien DRH dans un groupe informatique implanté en Afrique, nous partage sa méthode de management des talents, conformément au modèle CMM-P caractérisé par les cinq étapes suivantes :

 

Pour lui, ce modèle s’applique différemment selon le type d’organisation correspondant au degré de maturité de l’Entreprise :

  • Entreprise jeune, en pleine croissance (start-up) : les valeurs sont celles du fondateur. Il n’y a pas d’équipe constituée. La gouvernance est assurée par le fondateur ou l’équipe fondatrice avec sa culture propre (technique, ou commerciale, ou juridique,…). La compétence sur le métier de l’Entreprise prime sur la compétence managériale.
  • Entreprise en développement : il y a un commencement de management, et aussi la constitution d’une équipe. Les fonctions se différencient. La fonction RH se structure, et doit aider l’Entreprise à se structurer. Le management est souvent occupé par les premiers arrivés dans l’Entreprise, qu’ils aient ou non la compétence managériale. Il convient de conseiller le manager pour définir les postes, et former ses collaborateurs au management.
  • Entreprise mature : La notion d’équipe, telle qu’elle était vécue au départ, s’est affaiblie. On est plus dans une logique d’organisation ayant besoin de managers spécialisés habitués à la Grande Entreprise.
  • Entreprise en déclin : la notion d’équipe a disparu. Le pouvoir des actionnaires ou de certains lobbys internes s’est accru au détriment de l’équipe fondatrice qui n’est plus propriétaire de la Société. L’Entreprise suit une logique purement financière, ou la logique de pouvoir de féodalités : dilution des pouvoirs. Manager c’est exercer un jeu de pouvoirs internes risquant de devenir stérile.

Alors que l’Afrique se doit d’inventer des solutions pour former, employer et conserver ses talents, terminons par cette prophétie de Mohamadou Diallo : Demain les assises permettront aux entreprises africaines de présenter leurs solutions pour la France et l’Europe

 

 

 

Alain Ducass

Expert de la transformation numérique de l‘Afrique

www.energeTIC.fr

 

 

[1] https://www.linkedin.com/pulse/former-massivement-la-jeunesse-en-afrique-gr%C3%A2ce-au-de-mbiandou/

https://youtu.be/8HlMtQ8be-g

[2] http://www.institutmontaigne.org/publications/prets-pour-lafrique-daujourdhui Les citations de ce rapport dans le présent document sont référencées par un astérisque « * »

[3] www.africacodeweek.org

[4] https://issuu.com/objectif-developpement/docs/savoirs-communs-17-education Etude pilotée par l’Agence française de développement, l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), Orange et l’Unesco sur le M-Education

[5] http://www.ktm-advance.com/danone-digital-for-all/

[6] http://www.africafrance.org/programmes/rh-excellence-afrique/

[7] http://www.africafrance.org/pdf/africafrance-programmes.pdf

[8] http://www.10000codeurs.com/programme-developpeur-java-web-mobile-objis-10000-codeurs.pdf

[9] https://simplon.co/

[10] https://www.esatic.ci/

[11] www.ausimaroc.com

[12] http://smartnskilled.com/algerie?utm_source=taboola&utm_medium=referral

[13] https://www.fun-mooc.fr/

[14] www.lemonde.fr/afrique/article/2015/05/25/recrutement-en-afrique-quatre-entreprises-devoilent-leurs-plans_4639782_3212.html#kf4yEFzT474SveEu.99

[15] http://www.afri-emploi.com/liste-emploi-afrique_m19.html

[16] http://www.africsearch.com

[17] www.talentsplusafrique.com/

[18] Gagner sa vie sur internet en Afrique, L’Harmattan 2006 : Cet ouvrage, qui mériterait d’être actualisé avec un co-auteur africain, est dédié aux trop nombreuses personnes qui ne trouvent pas d’emploi salarié correspondant à leur formation ou à leur expérience ; il suggère de créer et de vendre des services sur un nouveau territoire, Internet, facilement accessible à (presque) tous.

[19] https://www.creerentreprise.fr/idees-entreprise-business-creer-afrique/

[20] Plusieurs entreprises proposent des accompagnements des créateurs qui leur permettent notamment de détecter des jeunes talents. Tel est le cas notamment du club entrepreneurs d’Orange http://entrepreneurclub.orange.com/fr/

[21]

[22] http://startupbrics.com/innovation-7-incubateurs-en-afrique-ouest/#.Wfdfu7WDPcs

[23] http://hubafrica.co/

[24] https://smartafrica.org/

[25] Ils seront 30 millions en 2030, et 50 millions en 2050.

[26] https://www.info-afrique.com/index-up40/

[27] http://www.avenir-france.com/

[28] www.cigref.fr/publications-numeriques/ebook-cigref-entreprise-2020-enjeux-defis/files/assets/common/downloads/Entreprise%202020.pdf

[29] www.cigref.fr/wp/wp-content/uploads/2015/10/CIGREF-Cahier-innovation-2015-Open-Innovation.pdf

[30] http://alliance-numerique.org/

[31] http://alliance-digital.org/

[32] http://club-2030.com/

[33] http://www.ipemed.coop

[34] http://digilabafrica.com/FR/

[35] https://digi4dev.ovh/index.php/fr/plate-forme/documents-publics

En direct du SMSI

En direct du sommet mondial pour la société de l’information

La fracture numérique est désormais à l’intérieur des pays émergents

Par Alain Ducass, expert de la transformation numérique de l’Afrique (www.energeTIC.fr)

Suite au sommet mondial de la société de l’information[1], tenu en 2003 à Genève et en 2005 à Tunis, l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), et d’autres agences de l’Organisation des Nations Unies (UNESCO, CNUCED et PNUD) réunies dans le Groupe des Nations Unies pour la société de l’information[2] ont organisé à Genève leur forum annuel[3].

[4]

Un des faits marquants a été la faible représentation des pays européens par rapport aux pays émergents. Une des raisons pourrait être que les pays européens ont atteint individuellement  un degré de maturité suffisant par rapport à la société de l’information dans leur pays et qu’ils travaillent désormais sur l’interopérabilité des applications, par exemple pour la mise en œuvre du règlement eIDAS.

S’agissant de l’Afrique, la rencontre de Genève se tenait en même temps la troisième  édition du Sommet Africain de l’Internet 2015[5] de Tunis, qui portait sur le thème « Au-delà de la connexion : Interconnexion pour le développement de l’Afrique ». Pourtant l’Afrique était représentée à Genève par de très nombreux ministres et directeurs de l’économie numérique qui ont évoqué les projets que leur pays avait lancés depuis dix ans en matière de connectivité, d’usage des TIC et de développement de la société de l’information. Certains ont indiqué leurs priorités nationales, qui sont par exemple l’e-Gov et l’e-business pour le Bénin. La plupart d’entre eux ont évoqué la question de l’aménagement numérique des territoires, qui vise à réduire, non pas tant la fracture numérique entre le Nord et le Sud, que la fracture numérique interne au pays, entre  les villes capitales et les zones rurales. Les méthodes et les outils développés en France il y a une dizaine d’années me semblent être d’actualité en Afrique, et notamment les observatoires géo-localisés de la connectivité et des services numériques.

 

L’UIT a publié les premiers résultats de la société de l’information pour 2014 : elle constate que 3,2 milliards de personnes utiliseront internet en 2015, dont 2 milliards dans les pays en développement tandis que 4 milliards en  seront encore exclues, sachant que, dans les pays les moins avancés, seulement 10 % de la population utilise Internet actuellement. Quant aux chiffres par pays pour 2014, ils devraient être publiés en juin 2015[6].

 

Au cours des discussions thématiques, les débats ont été structurés en partant des 18 lignes d’action qu’ils conduisent et ils ont établi une matrice[7] que nous vous proposons en français, et qui illustre le lien entre ces lignes d’action et les 17 objectifs du développement durable (en colonne) qui devraient être adoptés par les Nations Unies fin 2015.

 

Plutôt que d’établir une synthèse exhaustive, donnons quelques éclairages dans différents domaines.

S’agissant de la sécurité, l’UIT associe toujours ce qualificatif de l’internet aux deux autres pour donner le triangle d’un internet  sûr, libre et ouvert.

S’agissant du e-business, faisant l’objet de l’action « C7 ICT application e-business », l’UIT précise qu’il offre la possibilité aux hommes, et spécialement aux femmes d’avoir des droits égaux pour accéder  à des ressources économiques, en vendant des produits et des services locaux en ligne, tout en recevant le paiement par des moyens électroniques. (Cf. SDG 1.4) en permettant aux agriculteurs d’accéder aux places de marché locales et internationales (Cf. SDG 2.3), en favorisant l’entrepreneuriat des femmes par les TIC (Cf. SDG 5 b), en facilitant le développement de l’emploi (Cf. SDG 8.3), en favorisant l’e-tourisme (Cf. SDG 8.3 et 8.9), en favorisant l’inclusion financière (Cf. SDG 8.10), et en développant l’exportation grâce au commerce électronique B2B et B2C (Cf. SDG 17.11)

S’agissant de l’accès à l’énergie (Cf. SDG 7.1), l’UIT souligne que les TIC constituent un facteur essentiel pour la gestion des infrastructures d’énergie, considérées comme des infrastructures critiques, nécessitant des mesures de prévention et de réaction rapide contre les cyberattaques.

 

Pour approfondir la question, le site du PNUD[8] présente, quant à lui, la consultation en cours pour définir les futurs objectifs du développement durable[9], qui devraient être adoptés au Sommet du développement durable en septembre 2015[10] pour succéder aux objectifs du millénaire en vigueur.  Outre la liste des activités du secteur numérique qui contribuent à l’obtention des objectifs du développement durable[11], la partie « développement » du site de l’UIT ouvre sur une série de répertoires relatifs aux activités numériques qui contribuent au développement, tels que le Renforcement des capacités, la Cybersécurité, l’Inclusion numérique, les Applications des TIC , l’Innovation, le Développement des technologies et des réseaux mais le contenu de ces répertoires est réservé aux membres de l’UIT. Par ailleurs, le site du forum[12] publie la liste des bonnes pratiques nominées dans chacun des domaines d’action, et la liste des intervenants de haut niveau ayant  présenté le point d’avancement de  la société de l’information dans leur pays.

 

De mon point de vue, le forum du SMSI a bien traité la question du développement numérique des pays émergents et notamment de l’Afrique, mais toutes les études provenant des organisations internationales et des entreprises démontrent _et c’est très utile_ que le numérique contribue au développement. Il reste à mon avis à étudier plus en profondeur les conditions dans lesquelles il y contribue, et en particulier si le numérique développe ou détériore le lien social, s’il diminue ou accroît les inégalités, s’il permet aux populations de travailler de chez eux ou s’il les oblige à se rendre dans les villes capitales. Chers amis des universités et de la société civile, merci d’avance de vos contributions.

 

Il n’a pas été vraiment question du 10ème anniversaire du sommet mondial de 2005, qui sera probablement célébré lors de la 9ème édition du colloque ICT4ALL[13] qui se tiendra du 16 au 19 novembre à Hammamet 2015 près de Tunis, sur le thème de l’« e-transformation », afin de mener une réflexion autour des opportunités qu’offre l’Economie Numérique pour se transformer en une Economie Créative, d’où le slogan de cette édition qui sera: « From Digital Economy to Creative Economy. » CIO Mag ne sera pas non plus absent de la scène et célèbrera pour sa part cet anniversaire lors des assises de la transformation digitale de l’Afrique, qui se tiendront à paris les 29 et 30 octobre 2015[14].

 

 

Alain Ducass

Président d’energeTIC

Expert de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

[1] www.itu.int/wsis/index.html

[2] The UN Group on the Information Society (UNGIS), www.ungis.org

[3] http://www.itu.int/net4/wsis/forum/2015/

[4] Image ITU day 2

[5] Africa Internet Summit 2015 – AIS’15 https://internetsummitafrica.org/fr/  

[6] www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2015/17-fr.aspx#.VW60plLXzoJ

[7] www.itu.int/net4/wsis/sdg/Content/wsis-sdg_matrix_document.pdf

[8] www.undp.org

[9] www.undp.org/content/undp/fr/home/mdgoverview/mdg_goals/post-2015-development-agenda/

[10] https://sustainabledevelopment.un.org/post2015/summit

[11] www.wsis.org/sdg

[12] www.itu.int/net4/wsis/forum/2015/

[13] www.agendas.ovh/event/ict4all-2015

[14] www.ciomag-event.com

Le dynamisme des Béninois à l’épreuve des cybercriminels

Le dynamisme des Béninois à l’épreuve des cybercriminels

Pris individuellement, les Béninois sont remplis de talents et de dynamisme. » Tels sont les propos du Président de la République, Patrice Talon, lors de la présentation du Programme d’Actions du Gouvernement[1], le 16 décembre dernier.

Ce Programme, « Bénin Révélé », constitue la feuille de route de l’action gouvernementale pour la période 2017-2021. Il repose sur un panel de 45 projets phares, complétés par 95 projets sectoriels en vue de la transformation économique et sociale du Bénin.

 

 

 

 

 

Avant de se protéger contre le vol, il faut d’abord créer de la valeur, et c’est précisément ce à quoi s’emploie le PAG.

 

Parmi ses 45 projets-phares, 6 d’entre eux sont dédiés au numérique :

20.   Internet haut/très haut débit

21.   Télévision numérique terrestre

22.   Administration intelligente

23.   Généralisation du e-commerce

24.   Généralisation du numérique par l’éducation et la formation

25.   Promotion et développement de contenus numériques

 

Leur réalisation est confiée à l’Agence béninoise du numérique[2], dirigée par Serge Adjovi, (ci-contre), qui veille également sur le volet numérique des 39 autres projets phares dédiés à d’autres secteurs.

 

Autant dire que le Président de la République compte sur le dynamise des Béninois et sur l’économie numérique pour réussir la transformation économique et sociale du Bénin.

 

 

Dans cette lutte pour le développement de son pays, le Président tient également compte des opposants que sont, notamment, les cybercriminels de l’intérieur et de l’extérieur du pays.

C’est ainsi que l’agence béninoise du numérique a soutenu la 3ème édition du forum IT Bénin, qui s’est tenue à Cotonou le 3 avril 2017. Ce forum organisé par CIO MAG a fait salle comble grâce à l’action de tous et, en particulier, du jeune club des DSI du Bénin qui s’est structuré de manière exemplaire au cours de l’année 2016.

Dans son discours d’ouverture Alain Gbagdidi, président du jeune club des DSI du Bénin, précise que le thème de la Cybersécurité a été retenu car « les citoyens d’une nation libre ne peuvent en jouir sans un minimum de sécurité ».

Pour ce qui concerne l’Etat, Serge ADJOVI compare une économie numérique sans cybersécurité à un réfrigérateur plein, la porte ouverte, et pour éviter cela, il annonce une série de mesures en faveur de la cybersécurité au Bénin, qui devraient voir le jour en 2017 :

·         mise en place d’une base d’identification des personnes ;

·         déploiement de solutions de paiement électronique sécurisée  ;

·         adoption d’un code du numérique[3] incluant des articles sur la cybersécurité visant notamment à reconnaître la validité juridique de la signature électronique et de documents sécurisés ;

·         incitation à la création de data center pour pouvoir stocker de façon sécurisée et traiter les données concernant le Bénin, dont la quantité augment de manière exponentielle[4] ;

·         création du CERT en 2018 ;

·         appel à la contribution de tous car la cybersécurité n’est pas seulement une affaire de technique mais elle nécessite aussi changement de culture et de manière de penser.

 

 

La lutte contre la criminalité économique et financière

S’agissant de criminalité économique et financière, il faut tout d’abord observer que le numérique permet une traçabilité des données qui permet de lutter contre la corruption, avec de nombreux exemples réussis au Bénin[5] et ailleurs. Ainsi, le recensement précis des fonctionnaires a permis à plusieurs états d’économiser près de 20 % de la masse salariale en cessant de payer les fonctionnaires qui ne travaillent pas effectivement au service de l‘Etat dans les postes pour lesquels ils sont prévus.

Quant à la cybercriminalité proprement dite elle repose sur quatre piliers que sont :

  • L’intelligence économique qui permet de savoir qui détient des informations importantes et où ;
  • L’ingénierie sociale qui consiste à trouver des personnes fragiles à l’intérieur de l’entreprise cible et, en utilisant des moyens légaux ou illégaux, pour lui soutirer de l’information confidentielle comme des mots de passe ou lui soutirer de l’argent par le mensonge,
  • La technologie permettant de pénétrer les systèmes d’information et accéder aux informations recherchées, ou utiliser les ordinateurs cibles comme vecteur d’attaques.

 

 

 

Un des intervenants[6] a présenté les différentes formes que revêt la cybercriminalité qui casse la confiance et fait peser des menaces sur l’économie et la cohésion sociale du pays :

  • Technologie comme Instrument : Fraude par marketing de masse ; Blanchiment d’argent ; Vol d’Identité ; Violation de propriétés intellectuelle ; Vol d’argent…
  • Technologie comme Cible : Piratage à des fins criminelles, Réseaux de Zombies (BotNet), Logiciels malveillants, attaques par déni de Services (DoS), Virus et logiciels espions…
 

 

Sur le premier type d’attaques, le commissaire Nicaise Dangnibo, Directeur de l’Office central de répression de la cybercriminalité (OCRC), décrit le visage que revêt actuellement cette cybercriminalité au Bénin :

 

Il présente un premier bilan éloquent de l’activité de ses services :

  • 76 plaintes de victimes d’abus de confiance basée sur le sentiment amoureux, 29 suspects appréhendés, 100 millions de FCA de préjudice financier associé ;
  • 54 plaintes de victimes d’abus de confiance relatifs à des prêts à taux avantageux, 23 suspects appréhendés, 75 millions de FCA de préjudice financier associé ;
  • 66 plaintes de victimes d’abus de confiance pour des achats et ventes en ligne, 12 suspects appréhendés, 100 millions de FCA de préjudice financier associé ;
  • 106 plaintes de victimes d’abus de confiance pour des piratages de comptes dématérialisés, 32 suspects appréhendés, 20 millions de FCA de préjudice financier associé ;
  • 16 plaintes de victimes d’abus de confiance pour des faux dons, héritages ou bourses d’études, 5 suspects appréhendés, 30 millions de FCA de préjudice financier associé ;
  • 65 plaintes de victimes d’abus de confiance pour d’autres gains fallacieux proposés par voie téléphonique, 15 suspects appréhendés, 130 millions de FCA de préjudice financier associé ;

 

Voici quelques exemples du deuxième type d’attaques :

  • Yahoo a déclaré avoir subi 2 vols de données, en 2013 puis en 2014 pour un total de 1,5 milliards de comptes piratés.
  • En février 2017, une université américaine a été attaquée par ses propres distributeurs de boissons mais aussi par des ampoules connectées.
  • En 2015, une attaque a visé le site de TV5 monde, qui a dû arrêter ses émissions (Cf ci-dessous).
Description de l’attaque de TV5 Monde

•       En janvier 2015, un courriel est envoyé à la rédaction de la chaîne internationale francophone TV5 Monde (hameçonnage / phishing) Trois journalistes y répondent, permettant aux hackers de pénétrer dans le système de la chaîne grâce à un logiciel pirate (cheval de Troie)

•       En mars, la deuxième phase de l’offensive est lancée, et un virus contamine plusieurs ordinateurs de TV5 Monde. L’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) prévient TV5 Monde d’une utilisation frauduleuse d’un de ses serveurs non protégés. L’agence récupère le serveur en question et la chaîne internationale se met à la recherche d’un prestataire pour un audit de sécurité.

•       Les 8 avril à 20H50, l’offensive proprement dite démarre avec l’attaque des serveurs de diffusion (multiplexage) puis des serveurs de messagerie. Parallèlement, les comptes Twitter et Facebook sont piratés et des messages de soutien à l’Etat islamique y sont publiés. Vers 22H00, TV5 monde coupe les émissions. Peu avant minuit, les équipes reprennent le contrôle des réseaux sociaux et postent des messages aux internautes.

•       Le 9 avril vers 5H00, une quinzaine d’ingénieurs de l’ANSSI, dépêchés sur place au cours de la nuit, parviennent à relancer le système informatique de TV5 monde. A 10H00, des émissions préenregistrées sont diffusées. A 18H00 la chaîne reprend ses émissions normales

•       Le 9 avril 2015, le parquet de Paris saisit la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) et les cyber-policiers de la direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ). Le procureur ouvre une enquête pour « accès, maintien frauduleux et entrave au fonctionnement d’un système de traitement automatique de données » ainsi qu’ « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». L’enquête s’oriente vers un groupe de hackers russes nommé APT28 (ou Pawn Storm),

•       Depuis cette attaque, TV5 Monde a lancé un programme de cybersécurité de 10 millions d’euros.

 

Face à de telles attaques, de plus en plus sophistiquées[7], les gouvernements mobilisent en général cinq types d’instruments :

  • une politique nationale de cybersécurité résultant de la concertation entre les principaux ministères concernés et notamment les ministères de la défense nationale, de l’intérieur, de la justice, du numérique, des finances[8];
  • une agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) qui s’occupe entre autres, de protéger les organismes d’importance vitale pour l’Etat et de sensibiliser les entreprises[9];
  • une agence nationale de protection des données personnelle, comme il en existe déjà au Bénin qui prend des décisions à l’égard des possesseurs de données personnelles comme les opérateurs mais qui n’a pas encore véritablement démarré les contrôles
  • un ou plusieurs CERT gouvernementaux ou privés[10],
  • des Responsables de la sécurité des systèmes d’information dans chaque ministère[11] et des équipes spécialisées de lutte contre la cybercriminalité (cyberpolice, cybergendarmerie, cyberdouanes, tracfin, …)

 

Quant aux entreprises et aux particuliers, combien utilisent un antivirus pour protéger leur ordinateur, leur téléphone portable, combien utilisent un VPN pour éviter que des personnes malveillantes ne volent les numéros de carte lorsqu’ils utilisent le WIFI public, combien protègent leurs mots de passe au cas où un hacker pénètre dans leur ordinateur ?

 

Les Béninois sont également actifs en dehors de leur pays, au point que le colonel Nicolas Duvinage, chef de centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie française, a recensé 950 plaintes contre des cybercriminels béninois sur les 18 derniers mois, sans révéler le nombre de plaintes contre des cybercriminels français qui n’ont, d’après lui, rien à envier aux cybercriminels béninois. En France, le Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique (CESIN) considère que la demande de rançon est la forme de cyberattaque la plus fréquemment rencontrée en France en 2016 (80%) devant l’attaque par déni de service (40%).

 

Aux côtés des cyber-crimes, susceptibles de sanctions pénales, il ne faut pas oublier les cyber-délits, voire les cyber -escroqueries d’apparence légale, qui détruisent la confiance sans que leurs auteurs ne soient inquiétés : on pense aux publicités tendancieuses et aux informations imprécises données aux consommateurs qui découvrent trop tard que l’assurance qu’ils ont achetée en ligne comportait des clauses qui exclut leur cas, ou que la pénalité en cas de changement de billet d’avion doit être augmentée car il n’y a plus la même catégorie de siège, tout en restant dans la même classe.

Il existe aussi des abus en matière de collecte et de traitement des données personnelles qui, sans constituer des crimes, constituent néanmoins des délits ou pour le moins des désordres. A ce propos, M. Etienne Fifatin, magistrat, président de la CNIL, signale qu’il y a actuellement désordre dans l’utilisation des données personnelles au Bénin. En effet, les services administratifs de santé (hôpitaux, laboratoire), les services de police, les banques ou les opérateurs GSM collectent au quotidien des données personnelles dont l’utilisation est potentiellement dangereuse pour la société.

Enfin, Béninois, Africains et Français doivent se défendre contre les abus de position dominante des grandes sociétés multinationales qui collectent leurs données en toute légalité et les exploitent en créant de la valeur. A nous d’être suffisamment intelligents pour trouver des parades et créer un écosystème numérique qui permet à nos pays et nos habitants de conserver une grande partie de la valeur ajoutée qu’ils créent.

Une chose est certaine : sur les 7 prochaines années, il y aura un déficit mondial d’experts en matière de cybersécurité. Les structures de formation deviennent critiques dans ce domaine.

A titre d’exemple, l’ANSSI française a mis en place un label SecNumedu validant la qualité des formations en cybersécurité.

S’agissant de l’Afrique, le sommet des chefs d’Etats franco-africains tenu en janvier à Bamako apporte un premier élément de réponse avec le lancement d’un partenariat franco-africain pour la sécurité numérique incluant la création d’au moins une école africaine de cybersécurité[12].

 

 

 

Alain Ducass,

Expert de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

www.energeTIC.fr ; alain.ducass @ energeTIC.fr

 

[1] https://lanouvelletribune.info/archives/benin/politique/31757-gouvernement-version-complete-pag

[2] Egalement appelée Unité d’Exécution du Conseil du Numérique de la Présidence de la République, à ne pas confondre avec l’Agence béninoise des TIC (ABETIC), créée par le décret n° 2013-554 du 30 décembre 2013, mais qui n’a pas souhaité répondre à l’invitation de CIOMAG pour présenter son action et son expérience de la cybersécurité.

[3] En fin mars 2017, le projet de loi a été adopté en Conseil des ministres et il est en cours d’examen par la commission ad hoc de l’Assemblée

[4] Cf. L’article relatif au Togo évoquant les centres de données.

[5] Au Bénin, l’Office Central pour la Répression de la Corruption (OCRC) est une entité de la Direction centrale de la lutte contre la criminalité grave et organisée. Les investigations de l’OCRC concernent principalement les infractions de corruption, concussion, prise d’intérêt et détournement dans les domaines des marchés publics, subsides, permis et agréments.

[6] Gratien Etiah, DIGITAL CORE 4 AFRICA.

[7] Les Advanced Persistent Threats (APT) sont des menaces complexes combinant souvent différents vecteurs et stratégies d’attaques, pouvant utiliser des techniques inconnues ou des failles non répertoriées, dites « zero day ». Ces attaques sont la plupart du temps ciblées et les hackers restent en moyenne un an avant d’être détectés.

[8] La stratégie française pour la sécurité du numérique porte sur cinq objectifs stratégiques :

  1. Intérêts fondamentaux, défense et sécurité des systèmes d’information de l’État et des infrastructures critiques, crise informatique majeure.
  2. Confiance numérique, vie privée, données personnelles, cybermalveillance.
  3. Sensibilisation, formations initiales, formations continues.
  4. Environnement des entreprises du numérique, politique industrielle, export et internationalisation.
  5. Europe, souveraineté numérique, stabilité du cyberespace.

[9] L’Anssi publie un guide qui présente les 42 mesures d’hygiène informatique essentielles pour assurer la sécurité des systèmes d’information des entreprises et les moyens de les mettre en œuvre, outils pratiques à l’appui.

[10] Les tâches prioritaires d’un CERT sont :

  • la centralisation des demandes d’assistance à la suite des incidents de sécurité (attaques) sur les réseaux et les systèmes d’informations : réception des demandes, analyse des symptômes et éventuelle corrélation des incidents ;
  • le traitement des alertes et réaction aux attaques informatiques : analyse technique, échange d’informations avec d’autres CERTs, contribution à des études techniques spécifiques ;
  • l’établissement et maintenance d’une base de données des vulnérabilités ;
  • la prévention par diffusion d’informations sur les précautions à prendre pour minimiser les risques d’incident ou au pire leurs conséquences ;
  • la coordination éventuelle avec les autres entités (hors du domaine d’action) : centres de compétence réseaux, opérateurs et fournisseurs d’accès à Internet CERTs nationaux et internationaux.

[11] En France, chaque ministère dispose en son sein d’un DSI et un RSSI dépendant opérationnellement du ministre avec une coordination du Premier ministre ar le biais de deux services distincts. Les DSI des ministères sont coordonnés par la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat (DINSIC) qui dépend du Secrétaire général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP) tandis que les RSSI des ministères sont coordonnés par l’ANSSI qui dépend du Secrétaire général pour la défense nationale (SGDN).

[12] Source = David Martinon, ambassadeur français de la cybersécurité. http://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/12_01_16_-_dossier_de_presse_-_deplacement_du_president_de_la_republique_au_mali_cle07369c.pdf

Panorama des e-services en Afrique

La moitié des usages numériques de demain ne sont pas encore connus

La 4ème édition de l’IT forum du Bénin s’est déroulée à Cotonou le 15 mars 2018 sur le thème des nouveaux usages numériques et leur impact sur l’écosystème béninois

[1]

Après l’adoption d’Ennov2021, son plan stratégique de développement du numérique à l’horizon 2021, le Bénin a consacré l’année 2017 à transformer cette stratégie en plan d’actions, sous la coordination du Conseil du numérique, présidé par le chef de l’Etat. Au cours de l’année, le Parlement a adopté un nouveau code du numérique[2] tandis que le Conseil des ministres a commencé à adapter les structures publiques aux objectifs stratégiques. Il a transformé l’agence d’exécution en agence pour le développement du numérique (ADN), dirigée par Serge Adjovi et l’Abetic en Agence nationale des services et systèmes d’information (ASSI) complétant ainsi les autres agences existantes : le régulateur ARCEP, l’agence du service universel ABSU-CEP[3], la haute autorité de la communication (HAC), La Smart city Sémécity, la CNIL qui changera bientôt de nom, et prochainement, une agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).

https://twitter.com/Benin_Numerique https://www.assi.bj/ http://semecity.com/

 

Stratégiquement, le Bénin veut devenir un hub numérique dans la sous-région en créant notamment une plate-forme des usages numériques en Afrique. A l’occasion de l’IT forum, les acteurs du Bénin ont réfléchi sur les usages numériques de demain et évoqué les réalisations et les chantiers d’aujourd’hui, dont certains sont particulièrement remarquables.

Il a un important chemin à parcourir car, d’après le classement des Nations Unies en 2016[4],  le Bénin était classé en 177ème position sur l’indice eGouv (EGDI) avant le Mali (182), le Burkina Faso (185) mais après le Ghana (120), le Nigéria (143) ou le Togo (147).

Au-delà de la mission d’aménagement numérique du territoire, où elle travaille en lien avec le régulateur (ARCEP) et l’agence de service universel (ABSU-CEP),  l’agence pour le développement du numérique (ADN) a une mission originale dont elle tire son nom. Elle est chargée d’organiser et de développer l’écosystème numérique béninois, c’est-à-dire d’organiser et développer les compétences numériques, qui existent déjà, au sein du gouvernement, des universités, des start-ups. Elle veille en particulier à ce qu’il y ait non seulement une création de services numériques (e-services) au niveau du gouvernement, mais que les entreprises privées génèrent ces e-services pour les populations. A titre d’exemple, un « HackerLab » a permis d’identifier les personnes qui ont des compétences réelles en matière de cybersécurité ou en matière de hacker et pour les impliquer dans la cybersécurité plutôt que dans la cybercriminalité. Cet « HackerLab » débouche sur des stages dans des entreprises et l’invitation à rejoindre des plateformes numériques pour entrer dans l’écosystème mondial de la cybersécurité.

 

En matière d’e-services gouvernementaux, le Bénin est passé d’un travail en silo à un travail coordonné par l’ASSI qui débouche sur des projets d’e-services publics déjà opérationnels, comme l’e-conseil des ministres, ou en chantier, comme par exemple le portail e-services, le projet e-visa, l’infrastructure PKI, les projets e-agriculture et e-santé, la place de marchés publics, la plate-forme nationale de paiement électronique, la plate-forme e-université. Le secteur privé complétera l’action de l’Etat en matière d’e-services aux citoyens et aux entreprises, grâce à une plate-forme « Open data » qui leur fournira l’information nécessaire, à l’ouverture des API de l’Etat fonctionnant en mode « Etat plate-forme » et grâce à l’action de l’ADN, comme indiqué précédemment.

 

En matière d’e-services en partenariat public-privé, il existe des centaines de bonnes pratiques  méritant d’être évaluées et le cas échéant proposées aux acteurs béninois telles que :

  • En matière d’e-éducation, les centaines d’expériences et d’offres sont décrites dans le livre blanc publié à l’issue de colloque de CIOMAG le 3 février à Dakar ;
  • En matière d’e-santé, signalons l’initiative « SenGeoSanté » portée par Yannick Grimaud, un ancien étudiant béninois de l’École supérieure multinationale des télécommunications (ESMT) de Dakar, qui permet de localiser toutes les structures sanitaires sénégalaises sur une carte, avec ou sans connexion.
  • En matière d’e-transport, la société « covoiturage Bénin-Togo[5]» est opérationnelle sur l’interurbain, tandis que quatre start-ups en proposent sur l’urbain à Abidjan. De nombreux progrès restent à accomplir en matière d’e-transport. A titre d’exemple, un conteneur reste en moyenne 15 jours dans les ports africains contre deux en Asie ;

 

  • En matière d’e-agriculture, on recense dans le monde un millier de bonnes pratiques dont deux au Bénin : Affaires Mobiles Bénin[6] pour les ananas ou Premium Hortus [7] pour les produits biologiques.

 

 

  • En matière d’e-emploi, la Mauritanie donne l’exemple d’une stratégie nationale pour l’emploi en cours d’évolution pour tenir compte de la stratégie numérique, et partout en Afrique, on trouve des plates-formes de recherche d’emplois tandis que des entreprises béninoises comme TalentsPlusConseils[8], renforcent leurs compétences sur le créneau e-emploi.
  • En matière d’e-social, on constate que des applications telles que Whatsapp, Facebook sont très utilisées en Afrique et contribuent au lien social. On connaît moins les projets gouvernementaux tels que celui du Sénégal qui a développé une couverture maladie universelle focalisée sur les besoins les plus criants grâce à une plate-forme gouvernementale basée sur l’identification numérique des ayants-droits
  • En matière d’e-finances, tout le monde sait que l’innovation de rupture que constitue le mobile money est née en Afrique[9] mais il reste de nombreuses potentialités à parcourir telles que les crypto monnaies à l’échelle de l’UEMOA ou de l’Union Africaine ;
  • En matière d’e-énergie, le secteur numérique représente déjà 5% des émissions de CO² et ce pourcentage risque d’augmenter si les objectifs du développement durable ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre de la stratégie numérique des Etats, avec d’énormes gaspillages d’énergies pour sauvegarder mille fois les mêmes données dans des data centers ou pour faire fonctionner la climatisation dans des bâtiments conçus pour se refroidir par la ventilation. Les compteurs et les réseaux intelligents ou bien l’apprentissage profond (deep learning) constituent autant de voies à explorer et mettre en œuvre pour développer de charbon vert,
  • En matière d’e-démocratie, tous les pays africains sont désormais conscients de l’intérêt de l’identité numérique pour constituer et tenir à jour des fichiers de population ou des fichiers électoraux, mais peu d’entre eux connaissent les solutions innovantes[10] et ont évalué les retombées réelles de l’identité numérique sur la société et donc, les conditions de leur déploiement optimal au service d’une économie numérique respectant les valeurs de la société africaine ainsi que la vie privée et les données personnelles des citoyens[11] ;
  • En matière d’e-environnement, les réseaux intelligents peuvent également apporter des gains considérables en matière de gestion de l’eau ou des déchets[12], et là encore, des centaines de bonnes pratiques mériteraient d’être recherchées, évaluées et éventuellement transposées au Bénin.

Des exemples similaires pourraient être évoqués dans tous les domaines de l’économie numérique comme le commerce électronique, la cybersécurité, la décentralisation,

 

L’objectif du Gouvernement béninois est que l’outil numérique permette à la société de créer les usages et les équipements dont elle a besoin pour son développement dans le monde actuel. Pour ce faire, le Bénin a compris la nécessité de coopérer avec ses voisins pour résoudre des questions insolubles ou partiellement solubles à l’échelle nationale, comme par exemple, la lutte contre la cybercriminalité. Ainsi, le Bénin a pris la responsabilité des « smart cities » au sein du consortium « Smart Africa » qui tiendra son sommet le 8 mai prochain. Pour ce faire, elle s’attache à développer Sémécity, et elle a décidé de créer un réseau des ministres de l’économie numérique des pays membres de l’OIF pour faire des marchés disparates des marchés communs en vue de répondre à des besoins communs.

alain.ducass@energeTIC.fr
Directeur d’energeTIC
Catalyseur de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique
www.energeTIC.fr
+33 6 8546 1982

 

[1] Ouverture de la 4ème édition de l’IT forum du Bénin le 15 mars 2018 par Serge Adjovi (agence du numérique), Mme Aurelie Soule Zoumarou, ministre de l’économie numérique et Mohamadou Diallo, CIOMAG

[2] Loi n° 2017-20 sur le code du numérique en République du Bénin.

[3] http://www.absucep.bj/

[4] https://publicadministration.un.org/egovkb/en-us/Reports/UN-E-Government-Survey-2016

[5] https://www.facebook.com/Covoiturage-B%C3%A9nin-Togo-180516302371918/

[6] www.am.bjhttp://m.am.bj

[7] http://premiumhortus.com/

[8] https://www.talentsplusafrique.com/jns/index.php

[9] Outre le faible taux de bancarisation, une des raisons de sa naissance au Kenya était le fait que les billets avaient une faible valeur unitaire si bien qu’il fallait de grosses valises pour transporter des sommes importantes, avec tous les risques que cela comporte.

[10] Cf. le rapport de la GSMA sur « Blockchain for development »

[11] Cf. le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGDP-GPDR)

[12] Les projets SisiLeko et « e-Poubelle », de poubelles intelligentes sont prometteurs mais tardent à démarrer.

e-éducation décryptage

Forte de 400 participants, la journée du numérique et de l’éducation tenue le samedi 3 février 2018 à Dakar par CIOMAG et le gouvernement français fut une grande réussite et nous semble riche d’enseignements.

 

Notre équipe pluridisciplinaire franco-sénégalaise[1], s’efforce de vous en transmettre la présente synthèse répartie en six problématiques :

1.       Les clés pour comprendre le contexte

2.       Les acteurs internationaux de l’éducation et leurs principaux rapports

3.       L’e-éducation au Sénégal

4.       Expériences d’e-éducation

5.       Les attentes des entreprises du numérique

6.       Le modèle économique de l’e-éducation

 

 

 

 

  • Les clés pour comprendre le contexte :

Pour démarrer la réflexion, rappelons de manière nécessairement schématique, quelques données de base permettant de comprendre dans quel monde se situe la réflexion :

  • Populations cibles: La population de l’Afrique va passer de 1 milliard actuellement à 2 milliards en 2035 et près de 40 % des jeunes africains en âge d’aller à l’école n’y vont pas ou n’y reçoivent pas une éducation qui leur permet de lire et écrire => l’enjeu est énorme et les moyens classiques ne suffiront pas à atteindre les objectifs, car il n’est pas possible de créer des millions d’école et des milliers d’universités classiques pour former tous ces hommes et toutes ces femmes.
  • Les EDtechs : il faut donc inventer de nouveaux modes d’éducation, en recourant aux nouvelles technologies éducatives (les EDtechs), parmi lesquelles l’e-éducation et la m-éducation qui prolongent et enrichissent les solutions plus anciennes de radio et télévision éducatives grâce à la modularité et à l’interactivité. Les EDTechs permettent de faire évoluer l’éducation du paradigme actuel : MMM « au même moment en un même lieu pour les mêmes catégories de personnes », au paradigme du NNN : « en n’importe quel lieu, à n’importe quel heure pour n’importe quel public ».
  • Les modes d’apprentissage: les sources de savoir sont multiples au point que experts s’accordent sur une règle des 70/20/10 le fait que les hommes acquièrent en moyenne 70 % de leur savoir par l’expérience et la pratique, 20 % par des échanges avec leur entourage et leurs pairs et 10 % par la formation traditionnelle en salle de classe.
  • Le numérique facteur de changement: Le numérique permet aujourd’hui de recueillir et de traiter[2], autant de données que le nombre de grains de sables de la mer ou le nombre d’étoiles du ciel[3]. Il apporte de grands changements technologiques tandis que le travail collaboratif modifie la culture. Déjà les ordinateurs et les robots ont plus de savoir que les hommes ; l’intelligence artificielle va supprimer 6 % des métiers actuels ; la moitié des métiers de demain n’existe pas encore et le statut des enseignants est profondément modifié.
  • Secteur, métiers et compétences : il ne faut pas confondre les trois notions complémentaires. Ainsi, par exemple, le secteur numérique comporte des branches en déclin comme le courrier postal ou la téléphonie classique et des branches en plein essor comme le mobile, la cybersécurité, l’internet des objets. Les métiers du numérique s’appliquent non seulement au secteur du numérique en stagnation, mais aussi dans d’autres secteurs comme la banque ou l’assurance. Les métiers évoluent constamment au point qu’une majorité de personnes changera plusieurs fois de métier dans leur vie professionnelle. Enfin, les compétences numériques (ex programmation C++, xml ou Java) se combinent avec d’autres compétences techniques (santé, éducation, transports) ou humaines (qualités relationnelles, expérience internationale, etc.) pour aboutir à des profils recherchés ou laissés pour compte.
  • Objectifs éducatifs : la société passe d’un caractère statique où les acquis constituent une valeur fondamentale à une société en mouvement où le volume des connaissances s’accroit de façon exponentielle avec un rythme de plus en plus soutenu si bien que la capacité d’acquérir prend le pas sur les connaissances acquises. Il en résulte un nouveau défi pour l’éducation que d’apprendre les méthodes permettant aux apprenants l’acquisition de nouvelles compétences. De ce fait, les organismes de formation basés sur la transmission verticale du savoir sont condamnés à disparaître. Seuls subsisteront ceux qui enseigneront des méthodes pour guider les étudiants vers l’acquisition de savoir, savoir-faire, savoir apprendre et savoir-être adaptés à la société de demain.
  • Mode de transmission: Des auteurs comme Piaget, Wallon ou Blum ont théorisé depuis longtemps les fondements de l’éducation mais l’émergence des outils numériques oblige à adapter les modes d’éducation, étant entendu que ces outils sont devenus indispensables pour l’éducation.
  • Formation hybride : Tous les experts s’accordent sur le fait que le numérique jouera un rôle croissant dans l’éducation mais que le rôle de l’humain demeurera essentiel, pour apprendre à apprendre, notamment par l’exemple et par le conseil. On parle alors de formation hybride.
  • Culture africaine: Le savoir comme le feu vont se chercher chez le voisin mais c’est à la ménagère d’accommoder les ingrédients pour faire un bon repas. L’Afrique ne pourra inventer un mode d’éducation performant qu’en respectant sa propre culture, ses langues et ses traditions ainsi que son système de valeur

 

  1. Les acteurs internationaux de l’éducation et leurs principaux rapports

 

L’enjeu principal auquel doivent répondre les systèmes éducatifs africains est celui de faire plus et mieux dans un contexte de compétition entre les différents secteurs pour accéder à des ressources budgétaires qui se raréfient compte tenu de de la capacité fiscale réduite de la plupart des pays africains. Dans le détail, il s’agit de s’assurer que :

  • Tous les enfants scolarisables aient accès à l’école. Or, les chiffres de l’Institut des statistiques de l’UNESCO (ISU) montrent que l’Afrique au Sud du Sahara (ASS) est la région du monde qui compte le plus d’enfants non scolarisés (ENS), à savoir près de 93 millions pour les 3 groupes d’âges, du primaire, collège, et Lycée[4].
  • La future demande en éducation puisse être satisfaite; une demande qui va croitre de l’ordre de 38% pour le primaire et 48% pour le secondaire[5]
  • Les besoins actuels en enseignants soient satisfaits car plus de 70% des pays de la région ont une grave pénurie d’enseignants du primaire et ce chiffre monte à 90 % pour le secondaire[6].
  • Les besoins futurs en enseignants soient également satisfaits car les projections estiment qu’il faudra recruter 17 millions d’enseignants additionnels si l’ASS veut atteindre l’Objectif de développement durable 4- Education 2030[7].
  • Les enseignants soient formés. Et en effet, dans plus de la moitié des pays de l’ASS qui renseignent ces données, moins de 80% des enseignants du primaire sont formés selon leurs standards nationaux, ce qui ne veut malheureusement pas dire qu’ils soient automatiquement qualifiés pour le métier. Il en résulte qu’il est urgent de non seulement former tout le stock actuel mais également de planifier et financer la formation des 17 millions à recruter d’ici 2030

 

Face à ces enjeux de taille, et la liste est loin d’être exhaustive, les acteurs principaux de l’éducation, cherchent à mettre à profit les promesses des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE) afin de pouvoir répondre au double défi de la massification des effectifs et de l’impératif de la provision d’une éducation de qualité pour tous[8].

Les toutes premières initiatives d’intégration des TICs dans l’éducation se sont focalisées sur des solutions venant de pays industrialisés tout-à-fait inadaptées au contexte économique, politique, culturel et technologique des pays africains. Ces solutions clé en main étaient notamment conçus et développés par les partenaires de la coopération au développement sans consultation aucune ni coordination avec les pays bénéficiaires.

A ce titre, on peut citer l’importation d’équipements, l’hypothèse étant que l’accès au matériel suffisait à surmonter les problèmes de l’éducation. Des initiatives comme un enfant un ordinateur ont ainsi été mises en place dans beaucoup de pays, de même que diverses initiatives ont expérimenté les tableaux blancs interactifs (TBI). Les résultats ont été plus que mitigés dans la mesure où ces approches ne tenaient pas compte de l’environnement de la classe, du processus d’enseignement apprentissage, notamment les interactions entre enseignants et apprenants, ni des conditions de fonctionnement, d’utilisation et de maintenance des appareils, et encore moins de la production des contenus ou de leur adaptation aux programmes et curricula des pays africains. D’autres difficultés connexes comme celle de solutions propriétaires qui emprisonnent les pays dans des écosystèmes  se sont également posées, qui avaient un impact non négligeable sur l’accès à ces dernières ou encore le manque d’estimation du coût total de possession/ exploitation de telles opérations qui était prohibitif ont contribué à la non atteinte des résultats escomptés.

Ce n’est que bien plus tard  que les « bonnes » questions ont commencé à être posées, notamment : quel était le but à atteindre (questions politiques et stratégiques autour de l’enseignement et de l’apprentissage, les questions d’inclusivité et d’équité, de l’usage pertinent, différencié et efficace des technologies disponibles, etc.) ? Comment fallait-il l’atteindre (planification, budgétisation, estimation des coûts, pilotage, conditions de mise à l’échelle, etc.). Cela a amené au changement de paradigme avec comme point d’entrée la question de l’intégration pertinente et efficace des TICs dans (i) les politiques d’éducation et de formations, (ii) les processus d’enseignement et apprentissage ou intégration pédagogique des TIC, (iii) le pilotage et la gouvernance du secteur et avec comme question secondaire celles des leviers permettant d’atteindre le potentiel transformationnel des TICE. Il en a résulté entre autre, la création de nouveaux profils d’enseignants, à savoir les techno-pédagogues qui font l’interface entre le « possible » de la technologie et le pertinent pédagogiquement parlant. Dans ce modèle, les TIC reprennent leur place de catalyseur et non plus de finalité.

Malgré ces progrès encourageants, le chemin reste encore long pour que l’Afrique soit en mesure de tirer profit des opportunités des TIC en vue d’atteindre ses objectifs éducationnels et par là ceux de son développement socio-économique. C’est ainsi que la Banque mondiale (2016) indiquait que malgré l’expansion rapide des technologies numériques, « leurs dividendes — les avantages plus larges que procurent ces technologies au plan du développement — tardent à se concrétiser.»[9].

Entre autres, les aspects suivants doivent encore être intégrés dans le développement de politiques pertinentes et efficaces d’intégrations des TICE [10]:

  • Briser la culture du travail en silo des principaux acteurs et parties prenantes pour faire émerger des écosystèmes nécessaires à l’intégration efficace des TIC et incluant : des praticiens des domaines de l’éducation, de la formation, de la technologie et du développement des compétences (instituts techniques, universités, instituts de recherche)
  • Eviter les approches top-down lors de la conception de l’intégration des TIC qui continue de porter l’accent principalement sur le système au niveau central, très peu d’initiatives étant pilotées par les enseignants et les écoles ;
  • Développer des modèles comportant des définitions claires pour l’intégration des TIC dans l’éducation et la manière dont ces modèles peuvent être évalués et mesurés en vue d’une meilleure planification et mise en œuvre ;
  • Faire le lien avec les besoins des sociétés/économies du savoir afin de former les compétences dont le marché du travail a besoin

 

Ci-dessous listé se trouve un choix de quelques initiatives en matière de TICE.

Union Africaine : Stratégie pour la science, la technologie et l’innovation (STI) pour l’Afrique (STISA 2024), d’une Stratégie continentale pour l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) et de la Stratégie continentale d’éducation pour l’Afrique (CESA 2016-2025)

ADEA: ICT Task force dont le but est de réfléchir à l’intégration pertinente et efficace des TICs dans l’éducation et la formation de manière à en améliorer l’accessibilité et la qualité ; Le Forum ministériel africain sur l’intégration des TIC dans l’éducation et la formation qui est un mécanisme politique régional de dialogue entre l’ADEA, la BAD, l’UNESCO et leurs partenaires pour aider les États membres à tirer parti du potentiel des TIC pour réaliser l’objectif d’une éducation inclusive, de qualité et équitable ainsi que l’apprentissage tout au long de la vie pour tous

Banque mondiale : Systems Approach for Better Education Results (SABER) ICT qui assiste les politiques en matière de prise de décision éclairée sur la meilleure manière d’utiliser les TICE ; de même que son blog, EduTech

Globalement, l’UNESCO intervient dans l’appui aux politiques afin de transformer l’éducation en Afrique grâce aux TIC, la promotion des ressources éducatives libres (REL), l’apprentissage mobile avec une expérience pilote réussie au Sénégal, le PAJEF, et la conception d’un référentiel de compétences TICs pour les enseignants. Spécifiquement, par exemple, UNESCO International Institute for Capacity Building in Africa (IICBA) a élaboré l’ICT-enhanced Teacher Standards for Africa (ICTeTSA) en vertue de la nécessité, pour les programmes de formation des enseignants, de travailler vers des normes élevées en termes d’intégration pédagogique des TIC.

GESCI : « Initiative des écoles numériques africaines (ADSI) » qui met l’accent sur l’utilisation des TIC pour promouvoir un enseignement de qualité et une pratique innovante en science, technologie, anglais et mathématiques (STEM) et pour élever le niveau d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement secondaire dans les pays cibles. Ainsi que « Leadership Africain dans les TIC et la Société du Savoir » : une formation professionnelle de haut niveau, destinée aux responsables et cadres de rangs intermédiaire à supérieur du secteur public en Afrique, et qui a pour principaux objectifs :  (i) outiller les futurs leaders Africains d’une connaissance approfondie des éléments clés pour le développement des sociétés de la connaissance,  avec un accent particulier sur les nouvelles approches de leadership, et  nouvelles compétences pour le développement de politique cohérente; et ; (ii) renforcer les capacités d’une masse critique de leaders africains avec les compétences et les connaissances pour développer et mettre en œuvre des politiques, face au changement rapide, qui feront progresser leur pays et le développement socio-économique durable de leur région.

 

  1. L’e-éducation au Sénégal

33 millions d’enfants non scolarisés en âge de fréquenter l’école primaire vivent en Afrique subsaharienne[11]. Aux chiffres des enfants en dehors du système scolaire, il faut ajouter ceux des enfants à l’école mais qui n’apprennent pas : la moitié de ces enfants scolarisés n’ont pas acquis les compétences de base en Lecture, en Mathématique et résolution de problèmes à la fin du primaire. Le graphique ci-dessous fourni quelques données pays[12]

Les défis face à cette situation alarmante sont certes énormes mais les Etats n’ont pas, pour autant, baissé les bras. Au contraire, ils ont tenté de mettre en œuvre de multiples réformes les unes plus hardies que les autres. Le Sénégal, à l’instar de nombreux pays de la sous-région, s’est doté d’un document de planification à long terme de développement de l’éducation et de la formation. Ce document dénommé « Programme d’Amélioration de la Qualité, de l’Équité et de la Transparence du secteur de l’Éducation et de la Formation (PAQUET) constitue le cadre d’opérationnalisation de la politique éducative pour la période 2012-2025, avec un important volet numérique[13].

Outre la construction de salles de classes, la révision du statut de l’enseignant et le recours à une pédagogie active, le ministère veut recourir au numérique,  pour créer un effet multiplicateur face à la masse des apprenants qui bénéficieront d’espaces collaboratifs et de ressources accessibles à tous et pour faire émerger un nouveau paradigme dans le champ de l’enseignement-apprentissage, et pour « apprendre à apprendre » en respectant la pression de la massification des effectifs et l’exigence de la démocratisation d’une éducation de qualité. L’hybridation semble une bonne piste car elle place l’apprenant au premier plan tandis que l’enseignant devient un « coach » au sens noble d’accompagnateur.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent des initiatives telles que l’Université Virtuelle du Sénégal créée en Septembre 2013 où l’accès aux cours à distance est facilité par des espaces numériques ouverts (ENO). Avec l’UVS, c’est le début de l’hybridation où l’étudiant va évoluer progressivement vers l’autonomisation.

Dans le contexte du Sénégal, où près de 60% des parents sont analphabètes, le numérique devrait pouvoir aider ceux-ci à aider leurs enfants à apprendre avec l’aide des conseillers en formation. Puisqu’il est admis que le monde actuel est régi par de nouveaux moteurs pour l’apprentissage, il faudrait alors substituer le devoir d’apprendre par l’envie d’apprendre ; créer l’appétit et mettre à disposition les outils pour l’autonomisation et aider l’apprenant à structurer sa production en quelque chose d’utile à lui-même et à tous. Les responsables de l’enseignement-apprentissage par le numérique doivent dès lors, veiller à ce que les programmes révisent leurs objectifs, leurs cours et leurs méthodes d’enseignement et d’évaluation à la lumière du potentiel que représente une utilisation pertinente des technologies numériques pour la formation des étudiants.

C’est à ce prix que le numérique gagnera la place qu’il mérite dans l’environnement du savoir dans ce pays.

 

Bien qu’elle n’atteigne pas encore la norme édictée (2% de la population), l’augmentation de la demande sénégalaise d’éducation en enseignement supérieur au sera impressionnante dans les années à venir.

D’après une estimation d’Oumar Diong, inspecteur général de l’éducation, le nombre de nouveaux bacheliers sénégalais atteindra le cap des 97 616 en 2022. En effet, si  le même rythme d’augmentation observé les années antérieures se maintient, l’effectif des élèves en classe de terminale atteindra 118 000 élèves en 2017 puis 174 000 en 2022.

Ainsi le nombre de candidats au baccalauréat en 2017 s’élèvera à 143 000 en 2017, puis à 204 500 en 2022. Avec un taux de réussite au baccalauréat de 45% en 2017 et de 48% en 2022, les effectifs de nouveaux bacheliers seront respectivement de 64 203 et 97 616.

D’où l’impérieuse nécessité de promouvoir d’autres modèles d’accueil et d’encadrement des étudiants. Tel est le cas de  l’Université Virtuelle du Sénégal (UVS) qui fut créée par décret N°2013-12 94 du 23 Septembre 2013. Il s’agit d’une université publique à caractère numérique qui repose sur un modèle pédagogique innovant basé sur les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC)… Elle a pour mission de délivrer au moyen des TIC, des formations adaptées aux besoins des communautés d’apprenants et de favoriser l’accès aux connaissances partout et tout au long de la vie. Pour permettre une proximité avec les étudiants des Espaces numériques ouverts (ENO) sont installés dans 15 sites[14]$

Voici également quelques acteurs-clés de l’éducation supérieure sénégalaise dans le domaine du numérique:

  • Le Groupe ISM, en partenariat avec Digital Campus,  déploie une pédagogie innovante, professionnalisante, dynamique, fondée sur l’action terrain, la conduite de projets réels et l’entrepreneuriat ».
  • L’Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications  (ESMT) située à Dakar, créée en 1981 regroupe huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo et Guinée), avec des formations diplômantes dans les domaines techniques et managériaux des télécommunications/TIC : techniciens supérieurs, licences Professionnelles, ingénieurs, mastères. Elle a mis en place un Mooc.
  • L’Ecole supérieure polytechnique (ESP), établissement public a vocation interafricaine de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, forme également des techniciens supérieurs et ingénieurs dans différents domaines dont l’informatique et les télécommunications

 

Outre les organismes d’enseignement supérieur, plusieurs acteurs-clés de l’e-éducation ont relaté à Dakar des offres éducatives particulièrement remarquables pour le contexte africain.

  • co, est une entreprise sans but lucratif qui propose des formations professionnelles sur les métiers du numérique en tension : développeur web, IOT… pour les personnes éloignées de l’emploi. Elle atteint des taux d’insertion de 80 % dont 76 % en entreprise et 4 % en création d’entreprise grâce, notamment à la présence de « chargés de médiation emploi » dans chacune des 40 fabriques ou écoles. Sa filiale Simplon Afrique, a permis à Sonatel de créer Sonatel académie qui va prochainement recruter 100 candidats.
  • L’école polytechnique fédérale de Lausanne a produit 80 Moocs, en vue notamment de contribuer à la transition numérique de la Suisse.
  • L’institut mines-télécoma présenté son expérience de cinq années en matière de Moocs en constatant que ceux-ci étaient suivis par 20 % d’étudiants africains voire même prodigués par des professeurs africains[15]. Les utilisateurs apprennent en ligne mais leur parcours de formation professionnelle est suivi par des professionnels de la pédagogie tandis qu’ils se rencontrent volontiers entre eux.
  • Le CNAM a débuté l’e-éducation dans les années 1960, avec des cours diffusés à la TV ; Aujourd’hui, le CNAM compte plus de 100 000 inscrits sur ses Moocs ouverts et gratuits sachant que les élèves cherchent souvent à se rencontrer entre eux et que les manageurs de certaines entreprises s’en servent dans des cursus de formation professionnelle.
  • France Université Numériqueest un groupe d’intérêt économique (GIE) entre les universités et grandes écoles, qui propose le plus grand catalogue de Moocs français. Parmi d’autres types de cours, les POCS (modules courts pour des chefs d’entreprises avec un tronc commun généraliste et des cours spécifiques par profession) rencontrent un succès grandissant, avec des usages inattendus par ceux qui les ont créés.

 

 

  1. Expériences d’e-éducation

 

En dehors des représentants des organismes de formation, d’autres orateurs et exposants de l’e-éducation ont fait le déplacement à Dakar pour présenter leurs solutions au forum IT et les confronter aux attentes du marché sénégalais et africain. Tout en renvoyant au guide élaboré par la Direction générale des entreprises françaises[16], citons quelques expériences  et produits particulièrement intéressants, qui nous semblent susceptibles d’être transposés à d’autres pays et d’autres contextes :

  • Qwant, https://qwant.com le moteur de recherche européen respectueux des données des usagers, avec ses trois déclinaisons pour l’éducation à savoir Qwant académie, Qwant junior et la possibilité d’indexer le web national  dans les langues internationales que sont de français et anglais et dans certaines langues nationales;
  • Youscribe youscribe.com la bibliothèque numérique d’un million d’ouvrages francophones, accessible par smartphone en mode connecté ou non connecté moyennant un abonnement mensuel à un tarif accessible ;
  • ED4Free https://ed4free.wordpress.com/ diffuse pour sa part un boitier comprenant des contenus éducatifs, fournis au départ, ou complétés par des formateurs, puis emportés dans des zones rurales sans connexion internet, en proposant les contenus par accès Wifi. L’ONG est soutenue par Orange.
  • KTM advance ktm-advance.com conjugue 4 métiers : sciences cognitives ; informatique ; jeux vidéo 3D immersifs ; ingénierie pédagogique pour proposer des formations en ligne qui s’adaptent en temps réel au niveau de l’apprenant. Elles sont complétées par des jeux éducatifs (serious games), permettant de mettre les apprenants en situation, comme le font les travaux pratiques dans l’enseignement classique.
  • A.BA.TV http://babatv.org/ déploie au Sénégal des solutions pour l’alphabétisation des jeunes et des adultes illettrés, à partir d’un modèle testé avec succès à Mayotte. Le système fonctionne avec une télévision et/ou un smartphone pour la voie descendante et un serveur vocal en plusieurs langues ainsi que des fonctions voix et texto d’un téléphone 2G pour la voie remontante.
  • Jalios https://www.jalios.com) a intégré la réalité augmentée dans son offre de formation, avec des jeux massivement parallèles qui permettent une collaboration croissante entre les apprenants et les sachants. Il constate également une demande croissante pour des modules courts (Microlearning) qui peuvent s’apprendre n’importe quand et s’adapter aux problématiques du moment.
  • MasKott https://www.maskott.com/  a équipé les collèges français  avec sa plateforme d’apprentissage Tactileo, qu’elle propose désormais au marché africain.
  • REPTAhttp://repta.info/ le réseau de l’éducation pour tous en Afrique qui contribue à l’alphabétisation d’abord en langues parlées localement (ex : wolof, peul, moré gourmantché, germa[17]) puis en français. Partenaire de l’Université Numérique d’Hammamet en Tunisie organisée par le Fonds de Solidarité Numérique et l’ADEA, le REPTA participe activement à la mise en place d’outils pédagogiques nécessaires au fonctionnement du TBI (Tableau blanc interactif) et à la construction du site Sankore[18].

D’autres offres innovantes sont présentées par le ministère français de l’industrie dans son « guide des EDTechs[19] », selon une classification particulièrement intéressante.

 

 

  1. Les attentes des entreprises du numérique en matière de formation numérique

 

D’aucuns prétendent que, pour recruter un candidat, un américain lui demande « Que sais-tu faire ? » ; un français demande « Quels diplômes as-tu ? » et un africain demande « Qui t’envoie vers moi ? ». Au-delà de cette boutade, il est vrai que le comportement des entreprises qui recrutent se modifie. Lors du colloque de CIOMAG, le représentant de Gaindé 2000 estimait que son entreprise attachait de moins en moins d’importance au niveau d’études atteint par les candidats (ex LMD) et de plus en plus à leurs compétences réelles, sachant qu’un jeune au lycée peut commencer à acquérir des expériences valorisables professionnellement.

Dans le domaine du numérique, trois études récentes analysent le marché de l’emploi :

  • Cap Digital et Multiposting publient un baromètre sur les métiers numériques en France, en faisant apparaître les besoins des entreprises et le nombre des candidats[20],
  • L’école de management de Lyon a mené une étude sur 12500 offres d’emplois en Afrique. Elle constate que le secteur IT est globalement en régression même si certaines branches sont très porteuses (m-commerce, applications mobiles, messagerie instantanée, cybersécurité…). De même les métiers IT sont globalement en recul en Afrique même si certains métiers manquent de candidats (ex : chef de projet, web manageur, data analyst, data scientist, chief digital transformation, responsable de sécurité des systèmes d’information). A l’inverse, les compétences numériques sont de plus en plus importantes dans l’ensemble des secteurs, au point qu’après l’International et le management, les compétences numériques arrivent au 3ème rang des compétences recherchées.
  • La fédération professionnelle tunisienne (UTICA) a confié une étude au cabinet Ernst & Young, qui présente les cinq secteurs et les 9 métiers porteurs des TIC tout en mettant en évidence les différences entre les formations offertes par le système éducatif et les compétences réclamées par les entreprises, notamment en matière de savoir être pour l’employabilité[21].

Dans de nombreux pays, le ministre des postes et télécommunications est devenu ministre des technologies de l’information et de la communication puis, actuellement ministre de l’économie numérique. En ce sens, il a un rôle à jouer dans tout ce qui touche au numérique et notamment à l’e-éducation. Généralement ils mettent en place des stratégies d’e-éducation en liaison avec le ministère de l’éducation nationale, voire le ministère de l’enseignement supérieur, mais rarement avec le ministre de la formation professionnelle.

Lors du colloque sur l’e-éducation, le ministère sénégalais de la formation professionnelle a été cité plusieurs fois et tout le monde a déploré son absence[22]. En Mauritanie, le ministère des TIC a été regroupé avec le ministère de l’emploi et de la formation professionnelle, ce qui facilite la prise en compte du numérique dans cette discipline particulière. Ainsi, le Directeur général des TIC a été consulté sur la stratégie nationale de la formation professionnelle, qui ne comportait pas de volet numérique, et il a pu proposer des éléments complémentaires en vue de :

  • Permettre aux professeurs et aux élèves de connaître, et si possible de maîtriser, les techniques les plus modernes dans leur métier ;
  • Permettre aux professeurs de proposer aux élèves des travaux d’équipe incluant une veille technologique internationale et leur transposition au contexte national ;
  • Permettre aux professeurs de partager des supports de cours illustrés ;
  • Mettre en place des évaluations numériques ;
  • Inviter les élèves à participer à des formations gratuites en ligne (Moocs);
  • Permettre aux centres de formation professionnelle de prodiguer des cours à distance pour permettre à un plus grand nombre d’élèves d’accéder au savoir ;
  • Inviter les professeurs de transmettre non plus seulement le savoir, désormais disponible, mais la manière d’apprendre ;
  • S’inspirer des formations professionnelles en ligne et/ou signer des partenariats avec des centres étrangers[23] pour démultiplier les types de formation professionnelle ;
  • Utiliser les ressources des centres de formation à distance pour élargi le public formé.

 

9) Le modèle économique de l’e-éducation

Les espoirs placés dans le numérique éducatif sont à la hauteur des enjeux auxquels les secteurs de l’éducation doivent faire face, à savoir : formation au et par le numérique offrant à tous, même les plus démunis la possibilité d’aller à l’école, d’y apprendre et de pouvoir s’insérer dans la vie active.

Mais comment financer un tel chantier qui semble insurmontable compte tenu des contraintes financières, notamment fiscales, des pays africains ?

Ceci dit, le consensus est que le numérique éducatif transforme la place de l’école[24] dans l’acquisition des savoirs ainsi que celle des apprenants et enseignants dans ce processus. La solution pourrait-elle venir de là ?

Apprendre à apprendre semble être la voie à suivre. Et ceci implique que l’école outille les apprenants avec de solides compétences ; transférables et qui permettent d’apprendre tout au long de la vie, de consolider leurs savoirs et d’en acquérir de nouveaux et de s’y adapter.

Fort de ce postulat, apprendre à apprendre permettrait de réviser pour allègement les programmes et curricula scolaires et ceux de formation des enseignants pour mettre plus l’accent sur la formation continue et non comme présentement sur celle initiale.

Cela permettrait également d’être détaché de l’école comme lieu exclusif d’acquisition du savoir pour faire de tous les endroits des lieux d’apprentissage ; et ainsi d’atteindre plus facilement tous les groupes aujourd’hui exclus de l’éducation.

A ces premières pistes de réflexion, fort intéressantes relativement à leur impact sur le financement de l’éducation, s’ajoutent certaines autres, telle la permutation de lignes budgétaires pour les rendre plus efficaces. On pourrait imaginer, pour les pays ayant des programmes « un élève en ordinateur/tablette », qui, soit dit en passant, n’ont pas fait leurs preuves en Afrique, de transférer les fonds qui y étaient initialement affectés à la construction d’environnements numériques d’apprentissage (ENA)/ espaces numériques ouverts (ENO).

Par ailleurs, ne pouvant espérer pouvoir construire un tel espace dans chaque école (primaire, collège et secondaire), il serait stratégiquement judicieux de les penser de manière à polariser un certain nombre d’établissements, dont les élèves et les enseignants, de même que le personnel administratif et encadrant (inspecteurs) auraient accès au matériel et aux ressources desdits espaces. Et donc de choisir leur localisation en conséquence.

L’objectif serait d’y développer la culture numérique de toutes les parties prenantes de l’éducation, depuis l’initiation jusqu’aux compétences les plus pointues. Aussi, ces lieux auraient pour vocation d’évoluer vers de vrais centres de ressources multimédia. En cela, on pourrait songer à mutualiser les ressources de deux manières. Tout d’abord, les écoles polarisées pourraient mettre leur fonds bibliothécaires en commun au sein des ENA/ ENO de même que pour le futur, au lieu de doter chaque école d’une bibliothèque, les fonds qui devaient y être affectés pourraient être réalloués à l’enrichissement des bibliothèques au sein des ANA/ANO. Ensuite, pour ce qui est de l’enseignement supérieur, on pourrait même songer à aller plus loin dans la mutualisation : à ce titre serait-il envisageable que les universités et centres de recherche africains mutualisent, par numérisation, leurs fonds bibliothécaire, mais également leurs abonnements aux revues et journaux pour les mettre à disposition, en accès à distance, à tous les étudiants et chercheurs africains. L’on pourrait s’attendre de telles dispositions qu’elles contribuent à la formation de communautés scientifiques africaines, à améliorer la qualité de leur recherche et augmenter leur production scientifique en vue de la promotion d’une recherche et développement qui catalyse l’innovation [25].

Il est entendu que ceci pose des questions et nécessite des négociations sensibles car le modèle économique des revues et journaux scientifiques repose sur du propriétaire. Toutefois, le secteur de l’éducation aurait beaucoup à apprendre de celui de la santé, et notamment du fonds mondial qui a su convaincre les géants de l’industrie pharmaceutique de renoncer à leur exclusivité commerciale (levée des brevets), surtout dans le cadre de la lutte contre le VIH/SIDA.

Le manque de ressources pertinentes en congruence avec les programmes et curricula nationaux est une difficulté majeure car dans leur immense majorité, les enseignants « consomment » des contenus exogènes livrés clé en main. Pour y remédier, il est nécessaire de revoir complètement les modes de gestion des carrières qui n’encouragent pas l’innovation pédagogique et la production de ressources mais récompensent l’immobilisme. Des bases de ressources éducatives libres pourraient être créés à travers lesquelles des communautés d’enseignants pourraient échanger et s’enrichir.

Au-titre des solutions conventionnelles pour financer le numérique éducatif, les programmes de responsabilité sociale et sociétale (RSE) sont une bonne piste de réflexion. Tous les secteurs de l’économie s’y prêtent dont certains peuvent paraître encore plus logiques tels ceux des télécommunications et de l’économie du numérique. Afin d’éviter des coûts de transaction élevés qu’engendreraient des négociations ponctuelles avec des entreprises individuelles, il pourrait être judicieux de passer par les organisations patronales, ou de conclure des accords sectoriels.

Des approches moins orthodoxes pourraient également être explorées, telles des taxes sur les achats de téléphones intelligents et autres appareils électroniques ou sur l’usage de services digitaux; une piste extrêmement prometteuse car selon la banque mondiale, dans les pays en développement, les ménages qui possèdent un téléphone mobile sont plus nombreux que ceux qui ont accès à l’électricité ou à de l’eau salubre, et près de 70 % des personnes appartenant au quintile inférieur de la population sont propriétaires d’un portable[26]. Il faudra toutefois, songer à l’équité en développant une taxation graduelle : plus les téléphone sont luxueux, plus ils seront taxés.

En résumé, un possible modèle économique viable et pertinent de l’intégration numérique dans l’éducation pourrait se baser sur les piliers que sont (i) le fait de repenser profondément l’éducation pour privilégier non pas l’apprentissage de savoirs mais l’acquisition de compétences, surtout celles permettant l’apprentissage tout au long de la vie, (ii) des réaffections budgétaires vers des intrants plus productifs et qui permettent des économies d’échelles conséquentes, (iii) des choix de gestion (processus) plus cohérents et qui encouragent et récompensent l’esprit d’initiative et la production de ressources pédagogiques/didactiques pertinentes, (iv) la rationalisation et la mutualisation des ressources infrastructurelles, intellectuelles, pédagogiques/didactiques et humaines, (v) la promotion des ressources éducatives libres (REL), (vi) un bon mix de solutions pérennes, conventionnelles et peu orthodoxes, de mobilisations de ressources additionnelles

Il en ressort que les solutions sont plus d’ordre managérial que technologique.

Mme Houraye Mamadou ANNE
Economiste de l’éducation,

  1. Oumar DIONG

Inspecteur de l’Education à la Retraite

  1. Malick SOUMARE

Inspecteur de l’Education à la Retraite

  1. Alain DUCASS, président d’energeTIC,
    catalyseur de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

 

[1] Mme Houraye Mamadou ANNE, MM. Oumar Amadou DIONG, Malick SOUMARE, Alain DUCASS.

[2] Le Sénégal s’apprête à acquérir “le supercalculateur le plus puissant” d’Afrique, doté d’une puissance de calcul de 537 pétaflops soient 1015 opérations par seconde.

[3] On parle de zettaoctet soient 1021 octets

[4] UIS (2017) Reducing global poverty through universal primary and secondary education. Policy Paper 32. Fact Sheet 44. June 2017

[5] UIS (2016) The world needs almost 69 million new teachers to reach the 2030 education goals. Fact Sheet 39. October 2016

[6] Ibidem.

[7] Ibid.

[8] Au titre des acteurs majeurs faisant la promotion des TICE on peut citer : la banque mondiale, l’UNESCO, l’Union Africaine, l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), L’Initiative Global e-Schools and Communities (GESCI), l’Université virtuelle africaine (UVA), la Francophonie. De plus, des centres de recherche comme le Réseau ouest et centre africain de recherche en éducation (ROCARE) ont travaillé sur les TICE notamment le programme PanAf

[9] (Banque mondiale. 2016. « Rapport sur le développement dans le monde 2016 : Les dividendes du numérique. » Washington : Banque mondiale. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO)

[10] Tiré essentiellement du rapport du 2ème Forum ministériel sur l’intégration des TIC dans l’éducation qui s’est tenu à Abidjan, du 7 au 9 juin 2016 (http://www.africaictedu.org/)

[11] https://www.globalpartnership.org/fr/data-and-results/education-data

[12] Banque mondiale. 2018. « Rapport sur le développement dans le monde 2018 : Apprendre pour réaliser la promesse de l’éducation. »  Washington : Banque mondiale. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO

[13] Conseil présidentiel du 06 Août 2015

[14] Les Espaces numériques ouverts (ENO) : KOLDA, LOUGA, MERMOZ, PIKINE, GUEDIAWAYE, THIES, DIOURBEL, FATICK, KAOLACK, SAINT-LOUIS, NDIOUM, OUROSSOGUI, TAMBAZIGUINCHOR et SEDHIOU

[15] 35 % d’enseignants africains dans le cadre du Mooc développement durable.

[16] https://www.entreprises.gouv.fr/

[17] Lancé par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) en 2012, un programme appelé ELAN-Afrique a pour but d’améliorer la qualité de l’enseignement du français mais aussi des langues africaines à l’école primaire dans huit pays d’Afrique subsaharienne : le Bénin, le Congo, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, Mali, le Niger, la RDC et le Sénégal. http://elan-afrique.org/

[18] Après le sommet franco-britannique en mai 2008, le gouvernement français a créé la DIENA – Délégation interministérielle à l’éducation numérique en Afrique- afin d’atteindre les objectifs de développement du Millénaire en ce qui concerne l’éducation. Dans ce contexte, la DIENA a lancé le projet Sankoré pour améliorer les pratiques pédagogiques et des ressources. Le projet vise à dans (langue) l’autonomisation des enseignants et d’autres intervenants dans le secteur de l’éducation pour créer, utiliser et partager des ressources éducatives numériques.

[19] https://www.entreprises.gouv.fr/services/guide-de-offre-e-education-des-societes-francaises

[20] http://www.capdigital.com/wp-content/uploads/2015/01/barometre_7pages.pdf

[21] Cette étude a été présentée dans l’article E D’Alain Ducass, « Talents et compétences  numériques en Afrique », numéro n° 47 de CIOMAG en décembre 2017 (p. 46-49)

[22] Il n’a pas été précisé si ce ministère a été invité en temps utiles.

[23] Des centaines d’organismes publics (ex CNED en France) et surtout privés proposent des formations professionnelles à  distance, spécialement dans le domaine des services (comptabilité, gestion…) mais pas seulement.

[24] Compris ici au sens de tout le spectre éducatif (du préscolaire à l’enseignement supérieur, l’enseignement général, technique et professionnel, le formel et non formel)

[25] Les auteurs sont bien entendu conscients que l’accès aux ressources est une condition certes nécessaire mais pas suffisante car les questions de politique de recherche de même que les facteurs institutionnels et organisationnels (systèmes nationaux/régionaux de recherche) sont tout aussi importantes.

[26] Banque mondiale. 2016. « Rapport sur le développement dans le monde 2016 : Les dividendes du numérique. » Washington : Banque mondiale. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO

L’identité numérique en Afrique

L’Afrique se mobilise sur l’identité numérique et fait un saut technologique.

Une enquête menée auprès de 100 pays a montré que plus d’un milliard de personnes dans le monde n’ont pas de document prouvant leur identité légale, dont 46 % en Afrique[1]. On est loin de l’objectif n°16.9 du développement durable : « D’ici à 2030, garantir à tous une identité juridique, notamment grâce à l’enregistrement des naissances »[2].

Dans cette perspective, près de 1600 délégués provenant de 90 pays dont 47 pays africains, se sont retrouvés à Abuja du 24 au 26 avril 2018 pour le 4ème colloque annuel d’ID4Africa[3] dont le thème était « L’harmonisation des Systèmes d’identité. »

Il n’est pas possible de présenter en quelques pages les très riches échanges de ce colloque mais nous nous efforcerons d’en tirer les principaux enseignements susceptibles d’intéresser les responsables de l’économie numérique et les DSI des pays africains francophones, qui constituent le principal lectorat de CIOMAG.

Une idée force a clairement émergé lors du colloque alors qu’elle faisait encore débat l’an dernier à Windhoek. Tout le monde s’accorde désormais à penser que le cœur de l’identité numérique est un registre national (centralisé ou réparti) des populations, où chaque personne se voit attribuer un numéro unique de sa naissance à sa mort. Ce fichier central géré par une agence ad hoc, doit être interconnecté avec des bases de données spécifiques dépendant des administrations correspondantes[4] qui peuvent se voir attribuer un rôle officiel d’enregistrement et de mise à jour de certains types de données ou d’attributs.

  1. Les cinq chantiers de l’identité numérique

La 4ème conférence ID4Africa a permis de segmenter le monde de l’identité numérique en cinq grands domaines que nous allons explorer avant de présenter un aperçu de la situation par pays :

  1. Le cadre stratégique, juridique et institutionnel
  2. L’enregistrement des données biométriques des citoyens[5]
  3. L’établissement d’un fichier national de population interagissant avec les fichiers des différents acteurs ;
  4. La publication et la diffusion de cartes d’identité et d’autres titres justificatifs de l’identité ;
  5. Les usages de l’identité incluant les statistiques vitales (CRVS), et les services en ligne qui feront l’objet de la prochaine conférence.

Voici quelques-unes des conclusions à leur propos, émanant de la conférence.

  • La gouvernance

L’élaboration d’une stratégie dont le contenu est discuté et partagé par tous les acteurs concernés est un préalable indispensable pour éviter des tensions et des blocages ultérieurs. Un cadre législatif et règlementaire cohérent avec cette stratégie précise le cadre de la mise en place d’une identité numérique au service de l’Etat et des populations[6].

Ce cadre précise notamment qui sont les acteurs concernés et quels sont leurs droits et obligations, sous l’impulsion et le contrôle de la Présidence ou de la Primature, dont le rôle est indispensable pour gérer la composante interministérielle très importante de ces projets. Elle s’appuie naturellement sur une agence dédiée, dotée de moyens adéquats et sur des comités nationaux d’harmonisation, définissant les normes permettant l’interconnexion et gérant le répertoire national de population et le numéro unique d’identification.

 

  • L’enregistrement des données biométriques des citoyens

Tous les acteurs estiment que les Etats doivent prioritairement créer et tenir à jour quotidiennement un fichier national de population, où chaque personne est identifiée par ses données biométriques et un numéro unique, en liaison avec les principaux acteurs concernés.

En pratique, ce travail doit être effectué par des guichets d’enrôlement, dotés d’outils et de procédures appropriés, avec un double souci d’éviter la duplication de guichets thématiques en créant des guichets uniques, et d’assurer une large présence sur le terrain en recourant éventuellement à des guichets mobiles, qui tournent de villes en villes et de villages en villages.

Interrogés sur les difficultés freinant l’enrôlement, les délégués des pays francophones indiquent 1) la sensibilisation du public, 2) l’insuffisance du nombre de guichets, 3) le manque de budget, 4) la difficulté des procédures et 5) l’absence de cas d’usages susceptibles d’emporter l’adhésion[7].

Par ailleurs, Joseph Atick, président d’ID4Africa appelle les participants à apporter leurs contributions pour le sujet difficile de la biométrie des enfants.

Pour notre part, nous appelons de nos vœux une étude universitaire indépendante qui examine dans quelles conditions l’identité numérique accroît ou diminue la fracture sociale d’un pays.

  • La création d’un registre de population

Nous avons déjà signalé le consensus établi sur l’opportunité d’un fichier national de population qui gère le numéro d’identification unique (NIN) interconnecté avec les fichiers des ministères techniques. Une telle action permet de cibler les aides publiques, de produire des statistiques vitales[8] en temps réel, d’en déduire des prévisions budgétaires, d’assurer un meilleur aménagement du territoire, de lutter contre la fraude et la criminalité, etc.

Les difficultés inhérentes à sa création et à sa mise à jour ont été largement débattues mais la création d’un tel fichier crée aussi deux types de risques, qui nécessitent un dialogue avec d’autres acteurs que ceux de l’identité numérique. Le premier risque est celui du vol des données par des hackers, des cybercriminels ou des personnels indélicats de l’Etat qui cherchent à revendre les données. Son évaluation et sa maîtrise impliquent le dialogue avec les acteurs de la cybersécurité. Nous avons fait cette confrontation en France au Forum international de la Cybersécurité (FIC) de Lille et au World ID Congres de Marseille. Le risque est donc très élevé que des cybercriminels pénètrent un jour dans un fichier de population. Tout en développant les protections, il convient aussi de limiter l’impact des intrusions en ne mettant pas les données biométriques originales dans la base de population, mais des données dérivées peu utilisables par des voleurs. Le second risque est celui de l’utilisation des données au profit de ses dirigeants de l’Etat ou des administrations qui ont accès aux données et non pas au profit des citoyens. La prise en compte de ce risque nécessite un dialogue avec les acteurs de la protection des données personnelles et, en particulier, des Commissions Informatiques et Liberté, instituées dans de nombreux pays avec plus ou moins d’indépendance et de liberté de parole et d’action. En 2017, ces acteurs étaient les grands absents du colloque mais les organisateurs ont promis de les inviter lors de la prochaine conférence ID4Africa.

 

  • L’édition la diffusion et la vérification des titres d’identité

L’expérience indienne qui a fait l’économie de cartes d’identité au profit d’un simple numéro donné aux citoyens, a modifié profondément l’intérêt de publier et délivrer des cartes à puces biométriques ou d’autres titres matériels justifiant de l’identité.

La délivrance de titres d’identité biométriques (cartes biométriques, cartes d’agents…) gratuits ou payants est plébiscitée par certains Etats comme le Bénin, tandis que les bailleurs sont partagés sur son intérêt : la Banque mondiale estime qu’elle constitue une dépense superflue, tandis que de l’Union Européenne envisage de la soutenir.

  • Les usages de l’identité

Le colloque a particulièrement insisté sur les usages de l’identité numérique dans le domaine de la santé, de l’inclusion financière et des documents à la frontière. Les données de population à jour ont également un impact important pour l’établissement des statistiques vitales (CRVS) et pour les prévisions budgétaires.

  • L’e-santé se développe par exemple au Sénégal et au Kenya, à partir des fichiers de population avec les difficultés à surmonter de la souveraineté des données, de l’interconnexion avec les données de sécurité sociale et d’assurance maladie, la portabilité du dossier patient. Il en résulte des vies sauvées, comme en Estonie, où les ambulanciers qui se rendent sur les lieux d’un accident reçoivent le dossier médical des personnes accidentées avant même d’avoir rencontré le malade.
  • L’e-démocratie se caractérise par des coûts très élevés[9] pour constituer ou maintenir des fichiers électoraux indépendants des fichiers de population. Les experts considèrent que cette aberration technique et économique[10] se résorbera à moyen terme, dans les 5 à 10 ans à venir.
  • L’e-frontière pose le problème de l’identité régionale qui nécessite un accord politique au sein d’entités comme le la CEDEAO, la CEMAC, l’Union africaine ou Smart Africa et l’adoption de normes internationales permettant un minimum d’harmonisation régionale[11].

Quant aux autres e-services basés sur l’identité (e-éducation, e-social, KYC[12] pour le monde financier, etc.), ils seront approfondis lors du colloque ID4Africa du 18 au 20 juin 2019 à Johannesburg.

  1. Les attentes des experts africains

La présence d’un millier de représentants des pays africains[13] a permis la réalisation d’enquêtes et de débat particulièrement intéressants, dont voici quelques résultats partiels.

  • Attentes par rapport aux agences internationales

L’agence internationale la plus active en 2017 sur l’identité numérique est la Banque mondiale avec son initiative ID4D[14]. Cette initiative ID4D consiste à : 1) établir sa vision de la bonne démarche en matière d’identité numérique, en collectant des données, en publiant des documents d’analyse[15] et en évaluant l’impact de projets d’identité numérique, 2) promouvoir les principes et les modalités qu’elle a établies, auprès des pays par une plate-forme en ligne, des conseils aux gouvernements, et des travaux de normalisation et 3) agi auprès des pays par l’assistance technique et l’apport de financements[16].

 

Quant à la perception qu’en ont les experts des pays, les apports des agences apparaissent comme suit par ordre décroissant d’importance :

  1. Renforcement de capacité
  2. Echange de bonnes pratiques et de savoir
  3. Assistance technique
  4. Manuels techniques
  5. Aide financière.

 

Pour l’avenir, les attentes prioritaires des experts portent sur : 1. La protection des données personnelles, 2 la cybersécurité, 3. Les statistiques CRVS, 4 la gouvernance, 5 les applications dans le domaine de la santé, 6. Les e-Services 7. Les normes, 8 les manuels de formation, 9 les applications pour les migrations 10 les applications pour l’inclusion financière, 11 l’interopérabilité et accords régionaux ; 12 les applications pour les réfugiés 13 les applications pour les femmes[17].

 

  • Besoins prioritaires
  • Les experts recommandent très majoritairement la photo et les empreintes des 10 doigts comme données biométriques essentielles, alors que le sujet faisait débat en 2017 ;
  • Diverses technologies émergentes ont été présentées dont le bracelet à Bulles expérimenté dans les maternités au Burkina Faso (eCivil) ou l’identification des personnes les plus pauvres au Kenya (Gravity) ou l’usage des blockchains (Nigéria, Kenya)
  • En matière de financement les experts préfèrent majoritairement mobiliser le budget de l’Etat et les prêts des bailleurs plutôt que des PPP proposées par des sociétés comme le belge Zetes ;
  • Les priorités des pays francophones africains sont actuellement 1) l’identification des citoyens, 2) la validation des données, 3) la vérification de l’identité, 4) la qualité des données et 5) l’harmonisation entre les fichiers[18] et, pour les deux ans à venir :
  Pays anglophones Pays francophones
Fichier de population 50 % 30 %
Documents d’identité 13 % 34 %
Vote 10 % 8 %

 

  • Limites de la démarche

Outre ces réponses techniques très intéressantes, dont les propos ci-dessus ne constituent qu’un faible aperçu, j’ai été personnellement gêné par la philosophie de l’enquête qui consistait à savoir ce que les experts proposaient de faire pour que l’Afrique rattrape son retard en matière d’identité. En effet, l’expression « rattraper son retard » donne l’impression d’une conception linéaire, où l’Afrique n’aurait qu’à suivre les traces de l’Occident. Je pense au contraire que le modèle occidental a quelque-chose à apprendre de l’Afrique pour parvenir à un monde plus solidaire et plus vivable comme le disaient en leur temps Léopold Senghor ou Aimé Césaire.

J’espère aussi qu’avec l’immense effort qu’elle a effectué, l’initiative ID4D et le mouvement ID4Africa intègreront les éléments des sagesses africaines.

 

  1. Bonnes pratiques nationales

Le colloque a permis de partager de nombreuses bonnes pratiques dont nous donnons deux exemples illustrant les étapes permettant de parvenir à un résultat du Bénin et du Nigéria avant de présenter une carte de l’identité numérique en Afrique.

  • Le Nigéria
Chiffres-clés :

183 millions d’habitants dont environ 30 millions (17 %) ont un enregistrement biométrique dans le répertorie de population.

La National Identity Management Commission (Nimc) a reçu la responsabilité de créer et gérer un fichier de la population.

Au niveau stratégique, le Président Fédéral du Nigéria s’implique personnellement en accueillant la conférence ID4Africa en 2018 et en faisant part de sa conviction qu’un système d’identification robuste est la base d’un développement économique et social rapide.

 

La mise en place de l’identité numérique en est à sa troisième tentative :

·         Dans les années 2000 le Nigéria a mobilisé 500 M$ pour l’enrôlement biométrique de 70 millions de citoyens, avec une équipe de 64000 recruteurs. Un conflit avec le fournisseur a rendu le système inutilisable, et le projet s’est terminé au tribunal.

·         A partir des années 2012 la Nimc a signé un accord avec la société Mastercard puis avec d’autres organismes bancaires pour enrôler 13 millions de citoyens avant la fin 2019 et leur donner accès à des services bancaires. En réalité, les utilisateurs sont intéressés par la carte biométrique mais peu par les services bancaires si bien que le modèle économique des banquiers s’est écroulé, et que le projet reste marginal.

·         En mars 2018, le Nigéria a démarré un nouveau projet porté par le Président. Il s’agit d’enregistrer l’ensemble de la population dans un registre national de l’identité (NIDR), sur la période 2018- 2021, avec le soutien des bailleurs (Banque mondiale, BAD et prochainement Union européenne) avec les réalisations et les objectifs ci-dessous : (en millions de personnes) :

Millions de personnes : 2016 2017 2018 2019
Base de données (NIDB) 14 28 50 70

 

 

 

  • Le Bénin
Chiffres-clés

10 millions d’habitants dont environ 9 millions (90 %) ont un enregistrement biométrique dans le répertorie de population.

 

Le cadre stratégique est défini par le programme INNOV2021, porté par le Président Talon tandis que le cadre légal a été complété par la loi 2017-08 sur l’identification des personnes physiques. Après une première expérience « RENA » en 2009 et l’adoption du code de l’enfant, un recensement administratif à vocation d’identification de la population (RAVIP) conduit entre le 1er novembre 2017 et le 30 avril 2018, a permis d’enregistrer les données biométriques de 90 % de la population. Ce succès majeur et rapide s’explique notamment par l’existence de nombreux bureaux d’Etat civils décentralisés, par un service de conseil aux communes et par une procédure de validation (non-objection) par les chefs coutumiers.  En zone frontalière, ceux-ci détectent jusqu’à 15 % d’erreur dans les fichiers de population.

Pour l’avenir, le projet d’interconnexion du fichier de population avec les fichiers spécifiques est en bonne voie avec une décision qui me semble particulièrement exemplaire, à savoir la dotation d’un budget pour que la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) puisse effectuer les investigations et analyses qui permettront de préserver la liberté des citoyens béninois.

La délivrance de cartes biométriques comportant des zones réinscriptibles, est par ailleurs attendue pour servir de support aux futures applications prévues par la stratégie numérique de l’Etat.

  • L’Afrique

Pour conclure, voici une carte originale[19], qui présente d’une part le taux de personnes enregistrées dans des fichiers d’Etat civil et d’autre part le niveau de dialogue du pays avec la Banque mondiale :

Alain Kouassi Ducass

Catalyseur de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

[1] Bénin 18 %, Burkina 31 %, Cameroun 41 %, Congo 9 %, Congo RDC 48 %, Côte d’Ivoire 42 %, Gabon 27 %, Guinée 26 %, Madagascar 29 % Niger 28 %, Sénégal 28 %, Tchad 55 %, selon la Banque mondiale Dataset (2017)

[2] Cet objectif tranche définitivement la question de savoir à partir de quel âge il convient de recenser les personnes, sachant qu’actuellement les technologies biométriques ne sont pas au point pour les nouveau-nés et les enfants en bas âge.

[3] www.id4africa.com/ pour le mouvement ID4Africa et www.id4africa.com/2018-welcome/ pour le colloque.

[4] Fichiers des passeports, des personnes vulnérables, des salariés, des fonctionnaires, des étudiants, des retraités, des étrangers, des demandeurs de cartes d’identité, des mairies, des contribuables, des électeurs etc…

[5] Plus que des citoyens, ce sont les « individus », car, dans certains pays comme la Côte d’Ivoire, ce sont tous les résidents et non les seuls citoyens qui sont concernés par l’identification.  D’importantes contributions ont été sur le périmètre des personnes enregistrées, mais il serait trop long de les reproduire ici.

[6] CF. ateliers e-fondation et e-réforme.

[7] Les pays anglophones mettent au premier rang la complexité des procédures

[8] Le CRVS est défini par l’Organisation mondiale de la santé comme « un système d’enregistrement de l’état civil pour consigner les statistiques portant sur les faits d’état civil, tels que naissances, décès, mariages, divorces et morts fœtales. Ce système administratif gouvernemental permet de disposer d’un enregistrement permanent de chaque fait »

[9] Un intervenant parle de 15 € par votant, sachant qu’il existe de grandes différences selon les pays.

[10] Le coût d’un double enrôlement des individus et des électeurs est énorme pour les pays à faible revenu, et une mobilisation de temps considérable, qui empêche de traiter des problèmes qui gênent la mise en place d’élections libres et transparentes. (Cf article en ligne de Marielle Debos « Biométrie au Tchad : nouvelles technologies et vieilles recettes électorales. »

[11] En Europe, l’harmonisation régionale a débuté par les projets STORK et PEPPOL qui ont permis de jeter les bases de l’actuel règlement e-IDAS.

[12] KYC : knowledge your customer. Norme internationale imposée aux organismes financiers.

[13] Cette enquête réalisée pendant la conférence a porté sur 41 pays représentés par 350 experts, dont 300 ont fourni une réponse complète.

[14] Identité pour le développement www.id4Africa.org/id4d

[15] Principales publications disponibles : (revoir)

  • Principes généraux sur l’identification : document français de février 2017 émanant de 20 organisations internationales
  • Plan de développement africain de l’identité numérique par le développement : document en anglais de la Banque mondiale (ID4D) en février 2017, présentant les avancées de certains pays dans le modèle de la Banque mondiale (récup fig. 2 sur la carte des pays),
  • Public Sector Savings and Revenue from identification systems: opportunities and constraints, document de la Banque mondiale (ID4Africa) publié en anglais en 2018
  • State of Identification systems in Africa : rapport d’évaluation des systèmes d’identité numérique de 17 pays africains
  • Technology Landscape : Panorama des technologies pour l’identification digitale

[16] En 2017 en Afrique, seul le Maroc a bénéficié d’un financement sur le répertoire de population, tandis que six autres pays en ont bénéficié sur les statistiques vitales (CRVS) : Cameroun, RDC, Ethiopie, Kenya, Libéria et Tanzanie. E

[17] L’enquête fait apparaître une différence entre les pays anglophones qui priorisent 1 la protection des données personnelles 2, Cybersécurité ; 3 CRVS, 4 Bonne Gouvernance, 5. Santé et les pays francophones qui priorisent 1. La protection des données personnelles 3. Les statistiques CRVS, 6 les services en ligne, 4 la gouvernance, et 8 les manuels de formation.

[18] Les pays anglophones priorisent la vérification de l’identité avant l’identification.

[19] Carte conçue par energeTIC, réalisée par TACTIS à partir des données de la Banque mondiale (ID4D annual report 2017  and ID4D dataset 2017 quoted by CENFRI « Biometric & fianncial inclusion » March 2018, p. 11.