Panorama des e-services en Afrique

La moitié des usages numériques de demain ne sont pas encore connus

La 4ème édition de l’IT forum du Bénin s’est déroulée à Cotonou le 15 mars 2018 sur le thème des nouveaux usages numériques et leur impact sur l’écosystème béninois

[1]

Après l’adoption d’Ennov2021, son plan stratégique de développement du numérique à l’horizon 2021, le Bénin a consacré l’année 2017 à transformer cette stratégie en plan d’actions, sous la coordination du Conseil du numérique, présidé par le chef de l’Etat. Au cours de l’année, le Parlement a adopté un nouveau code du numérique[2] tandis que le Conseil des ministres a commencé à adapter les structures publiques aux objectifs stratégiques. Il a transformé l’agence d’exécution en agence pour le développement du numérique (ADN), dirigée par Serge Adjovi et l’Abetic en Agence nationale des services et systèmes d’information (ASSI) complétant ainsi les autres agences existantes : le régulateur ARCEP, l’agence du service universel ABSU-CEP[3], la haute autorité de la communication (HAC), La Smart city Sémécity, la CNIL qui changera bientôt de nom, et prochainement, une agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI).

https://twitter.com/Benin_Numerique https://www.assi.bj/ http://semecity.com/

 

Stratégiquement, le Bénin veut devenir un hub numérique dans la sous-région en créant notamment une plate-forme des usages numériques en Afrique. A l’occasion de l’IT forum, les acteurs du Bénin ont réfléchi sur les usages numériques de demain et évoqué les réalisations et les chantiers d’aujourd’hui, dont certains sont particulièrement remarquables.

Il a un important chemin à parcourir car, d’après le classement des Nations Unies en 2016[4],  le Bénin était classé en 177ème position sur l’indice eGouv (EGDI) avant le Mali (182), le Burkina Faso (185) mais après le Ghana (120), le Nigéria (143) ou le Togo (147).

Au-delà de la mission d’aménagement numérique du territoire, où elle travaille en lien avec le régulateur (ARCEP) et l’agence de service universel (ABSU-CEP),  l’agence pour le développement du numérique (ADN) a une mission originale dont elle tire son nom. Elle est chargée d’organiser et de développer l’écosystème numérique béninois, c’est-à-dire d’organiser et développer les compétences numériques, qui existent déjà, au sein du gouvernement, des universités, des start-ups. Elle veille en particulier à ce qu’il y ait non seulement une création de services numériques (e-services) au niveau du gouvernement, mais que les entreprises privées génèrent ces e-services pour les populations. A titre d’exemple, un « HackerLab » a permis d’identifier les personnes qui ont des compétences réelles en matière de cybersécurité ou en matière de hacker et pour les impliquer dans la cybersécurité plutôt que dans la cybercriminalité. Cet « HackerLab » débouche sur des stages dans des entreprises et l’invitation à rejoindre des plateformes numériques pour entrer dans l’écosystème mondial de la cybersécurité.

 

En matière d’e-services gouvernementaux, le Bénin est passé d’un travail en silo à un travail coordonné par l’ASSI qui débouche sur des projets d’e-services publics déjà opérationnels, comme l’e-conseil des ministres, ou en chantier, comme par exemple le portail e-services, le projet e-visa, l’infrastructure PKI, les projets e-agriculture et e-santé, la place de marchés publics, la plate-forme nationale de paiement électronique, la plate-forme e-université. Le secteur privé complétera l’action de l’Etat en matière d’e-services aux citoyens et aux entreprises, grâce à une plate-forme « Open data » qui leur fournira l’information nécessaire, à l’ouverture des API de l’Etat fonctionnant en mode « Etat plate-forme » et grâce à l’action de l’ADN, comme indiqué précédemment.

 

En matière d’e-services en partenariat public-privé, il existe des centaines de bonnes pratiques  méritant d’être évaluées et le cas échéant proposées aux acteurs béninois telles que :

  • En matière d’e-éducation, les centaines d’expériences et d’offres sont décrites dans le livre blanc publié à l’issue de colloque de CIOMAG le 3 février à Dakar ;
  • En matière d’e-santé, signalons l’initiative « SenGeoSanté » portée par Yannick Grimaud, un ancien étudiant béninois de l’École supérieure multinationale des télécommunications (ESMT) de Dakar, qui permet de localiser toutes les structures sanitaires sénégalaises sur une carte, avec ou sans connexion.
  • En matière d’e-transport, la société « covoiturage Bénin-Togo[5]» est opérationnelle sur l’interurbain, tandis que quatre start-ups en proposent sur l’urbain à Abidjan. De nombreux progrès restent à accomplir en matière d’e-transport. A titre d’exemple, un conteneur reste en moyenne 15 jours dans les ports africains contre deux en Asie ;

 

  • En matière d’e-agriculture, on recense dans le monde un millier de bonnes pratiques dont deux au Bénin : Affaires Mobiles Bénin[6] pour les ananas ou Premium Hortus [7] pour les produits biologiques.

 

 

  • En matière d’e-emploi, la Mauritanie donne l’exemple d’une stratégie nationale pour l’emploi en cours d’évolution pour tenir compte de la stratégie numérique, et partout en Afrique, on trouve des plates-formes de recherche d’emplois tandis que des entreprises béninoises comme TalentsPlusConseils[8], renforcent leurs compétences sur le créneau e-emploi.
  • En matière d’e-social, on constate que des applications telles que Whatsapp, Facebook sont très utilisées en Afrique et contribuent au lien social. On connaît moins les projets gouvernementaux tels que celui du Sénégal qui a développé une couverture maladie universelle focalisée sur les besoins les plus criants grâce à une plate-forme gouvernementale basée sur l’identification numérique des ayants-droits
  • En matière d’e-finances, tout le monde sait que l’innovation de rupture que constitue le mobile money est née en Afrique[9] mais il reste de nombreuses potentialités à parcourir telles que les crypto monnaies à l’échelle de l’UEMOA ou de l’Union Africaine ;
  • En matière d’e-énergie, le secteur numérique représente déjà 5% des émissions de CO² et ce pourcentage risque d’augmenter si les objectifs du développement durable ne sont pas pris en compte dans la mise en œuvre de la stratégie numérique des Etats, avec d’énormes gaspillages d’énergies pour sauvegarder mille fois les mêmes données dans des data centers ou pour faire fonctionner la climatisation dans des bâtiments conçus pour se refroidir par la ventilation. Les compteurs et les réseaux intelligents ou bien l’apprentissage profond (deep learning) constituent autant de voies à explorer et mettre en œuvre pour développer de charbon vert,
  • En matière d’e-démocratie, tous les pays africains sont désormais conscients de l’intérêt de l’identité numérique pour constituer et tenir à jour des fichiers de population ou des fichiers électoraux, mais peu d’entre eux connaissent les solutions innovantes[10] et ont évalué les retombées réelles de l’identité numérique sur la société et donc, les conditions de leur déploiement optimal au service d’une économie numérique respectant les valeurs de la société africaine ainsi que la vie privée et les données personnelles des citoyens[11] ;
  • En matière d’e-environnement, les réseaux intelligents peuvent également apporter des gains considérables en matière de gestion de l’eau ou des déchets[12], et là encore, des centaines de bonnes pratiques mériteraient d’être recherchées, évaluées et éventuellement transposées au Bénin.

Des exemples similaires pourraient être évoqués dans tous les domaines de l’économie numérique comme le commerce électronique, la cybersécurité, la décentralisation,

 

L’objectif du Gouvernement béninois est que l’outil numérique permette à la société de créer les usages et les équipements dont elle a besoin pour son développement dans le monde actuel. Pour ce faire, le Bénin a compris la nécessité de coopérer avec ses voisins pour résoudre des questions insolubles ou partiellement solubles à l’échelle nationale, comme par exemple, la lutte contre la cybercriminalité. Ainsi, le Bénin a pris la responsabilité des « smart cities » au sein du consortium « Smart Africa » qui tiendra son sommet le 8 mai prochain. Pour ce faire, elle s’attache à développer Sémécity, et elle a décidé de créer un réseau des ministres de l’économie numérique des pays membres de l’OIF pour faire des marchés disparates des marchés communs en vue de répondre à des besoins communs.

alain.ducass@energeTIC.fr
Directeur d’energeTIC
Catalyseur de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique
www.energeTIC.fr
+33 6 8546 1982

 

[1] Ouverture de la 4ème édition de l’IT forum du Bénin le 15 mars 2018 par Serge Adjovi (agence du numérique), Mme Aurelie Soule Zoumarou, ministre de l’économie numérique et Mohamadou Diallo, CIOMAG

[2] Loi n° 2017-20 sur le code du numérique en République du Bénin.

[3] http://www.absucep.bj/

[4] https://publicadministration.un.org/egovkb/en-us/Reports/UN-E-Government-Survey-2016

[5] https://www.facebook.com/Covoiturage-B%C3%A9nin-Togo-180516302371918/

[6] www.am.bjhttp://m.am.bj

[7] http://premiumhortus.com/

[8] https://www.talentsplusafrique.com/jns/index.php

[9] Outre le faible taux de bancarisation, une des raisons de sa naissance au Kenya était le fait que les billets avaient une faible valeur unitaire si bien qu’il fallait de grosses valises pour transporter des sommes importantes, avec tous les risques que cela comporte.

[10] Cf. le rapport de la GSMA sur « Blockchain for development »

[11] Cf. le règlement européen sur la protection des données personnelles (RGDP-GPDR)

[12] Les projets SisiLeko et « e-Poubelle », de poubelles intelligentes sont prometteurs mais tardent à démarrer.

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