En direct du SMSI

En direct du sommet mondial pour la société de l’information

La fracture numérique est désormais à l’intérieur des pays émergents

Par Alain Ducass, expert de la transformation numérique de l’Afrique (www.energeTIC.fr)

Suite au sommet mondial de la société de l’information[1], tenu en 2003 à Genève et en 2005 à Tunis, l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), et d’autres agences de l’Organisation des Nations Unies (UNESCO, CNUCED et PNUD) réunies dans le Groupe des Nations Unies pour la société de l’information[2] ont organisé à Genève leur forum annuel[3].

[4]

Un des faits marquants a été la faible représentation des pays européens par rapport aux pays émergents. Une des raisons pourrait être que les pays européens ont atteint individuellement  un degré de maturité suffisant par rapport à la société de l’information dans leur pays et qu’ils travaillent désormais sur l’interopérabilité des applications, par exemple pour la mise en œuvre du règlement eIDAS.

S’agissant de l’Afrique, la rencontre de Genève se tenait en même temps la troisième  édition du Sommet Africain de l’Internet 2015[5] de Tunis, qui portait sur le thème « Au-delà de la connexion : Interconnexion pour le développement de l’Afrique ». Pourtant l’Afrique était représentée à Genève par de très nombreux ministres et directeurs de l’économie numérique qui ont évoqué les projets que leur pays avait lancés depuis dix ans en matière de connectivité, d’usage des TIC et de développement de la société de l’information. Certains ont indiqué leurs priorités nationales, qui sont par exemple l’e-Gov et l’e-business pour le Bénin. La plupart d’entre eux ont évoqué la question de l’aménagement numérique des territoires, qui vise à réduire, non pas tant la fracture numérique entre le Nord et le Sud, que la fracture numérique interne au pays, entre  les villes capitales et les zones rurales. Les méthodes et les outils développés en France il y a une dizaine d’années me semblent être d’actualité en Afrique, et notamment les observatoires géo-localisés de la connectivité et des services numériques.

 

L’UIT a publié les premiers résultats de la société de l’information pour 2014 : elle constate que 3,2 milliards de personnes utiliseront internet en 2015, dont 2 milliards dans les pays en développement tandis que 4 milliards en  seront encore exclues, sachant que, dans les pays les moins avancés, seulement 10 % de la population utilise Internet actuellement. Quant aux chiffres par pays pour 2014, ils devraient être publiés en juin 2015[6].

 

Au cours des discussions thématiques, les débats ont été structurés en partant des 18 lignes d’action qu’ils conduisent et ils ont établi une matrice[7] que nous vous proposons en français, et qui illustre le lien entre ces lignes d’action et les 17 objectifs du développement durable (en colonne) qui devraient être adoptés par les Nations Unies fin 2015.

 

Plutôt que d’établir une synthèse exhaustive, donnons quelques éclairages dans différents domaines.

S’agissant de la sécurité, l’UIT associe toujours ce qualificatif de l’internet aux deux autres pour donner le triangle d’un internet  sûr, libre et ouvert.

S’agissant du e-business, faisant l’objet de l’action « C7 ICT application e-business », l’UIT précise qu’il offre la possibilité aux hommes, et spécialement aux femmes d’avoir des droits égaux pour accéder  à des ressources économiques, en vendant des produits et des services locaux en ligne, tout en recevant le paiement par des moyens électroniques. (Cf. SDG 1.4) en permettant aux agriculteurs d’accéder aux places de marché locales et internationales (Cf. SDG 2.3), en favorisant l’entrepreneuriat des femmes par les TIC (Cf. SDG 5 b), en facilitant le développement de l’emploi (Cf. SDG 8.3), en favorisant l’e-tourisme (Cf. SDG 8.3 et 8.9), en favorisant l’inclusion financière (Cf. SDG 8.10), et en développant l’exportation grâce au commerce électronique B2B et B2C (Cf. SDG 17.11)

S’agissant de l’accès à l’énergie (Cf. SDG 7.1), l’UIT souligne que les TIC constituent un facteur essentiel pour la gestion des infrastructures d’énergie, considérées comme des infrastructures critiques, nécessitant des mesures de prévention et de réaction rapide contre les cyberattaques.

 

Pour approfondir la question, le site du PNUD[8] présente, quant à lui, la consultation en cours pour définir les futurs objectifs du développement durable[9], qui devraient être adoptés au Sommet du développement durable en septembre 2015[10] pour succéder aux objectifs du millénaire en vigueur.  Outre la liste des activités du secteur numérique qui contribuent à l’obtention des objectifs du développement durable[11], la partie « développement » du site de l’UIT ouvre sur une série de répertoires relatifs aux activités numériques qui contribuent au développement, tels que le Renforcement des capacités, la Cybersécurité, l’Inclusion numérique, les Applications des TIC , l’Innovation, le Développement des technologies et des réseaux mais le contenu de ces répertoires est réservé aux membres de l’UIT. Par ailleurs, le site du forum[12] publie la liste des bonnes pratiques nominées dans chacun des domaines d’action, et la liste des intervenants de haut niveau ayant  présenté le point d’avancement de  la société de l’information dans leur pays.

 

De mon point de vue, le forum du SMSI a bien traité la question du développement numérique des pays émergents et notamment de l’Afrique, mais toutes les études provenant des organisations internationales et des entreprises démontrent _et c’est très utile_ que le numérique contribue au développement. Il reste à mon avis à étudier plus en profondeur les conditions dans lesquelles il y contribue, et en particulier si le numérique développe ou détériore le lien social, s’il diminue ou accroît les inégalités, s’il permet aux populations de travailler de chez eux ou s’il les oblige à se rendre dans les villes capitales. Chers amis des universités et de la société civile, merci d’avance de vos contributions.

 

Il n’a pas été vraiment question du 10ème anniversaire du sommet mondial de 2005, qui sera probablement célébré lors de la 9ème édition du colloque ICT4ALL[13] qui se tiendra du 16 au 19 novembre à Hammamet 2015 près de Tunis, sur le thème de l’« e-transformation », afin de mener une réflexion autour des opportunités qu’offre l’Economie Numérique pour se transformer en une Economie Créative, d’où le slogan de cette édition qui sera: « From Digital Economy to Creative Economy. » CIO Mag ne sera pas non plus absent de la scène et célèbrera pour sa part cet anniversaire lors des assises de la transformation digitale de l’Afrique, qui se tiendront à paris les 29 et 30 octobre 2015[14].

 

 

Alain Ducass

Président d’energeTIC

Expert de la transformation énergétique et numérique de l’Afrique

[1] www.itu.int/wsis/index.html

[2] The UN Group on the Information Society (UNGIS), www.ungis.org

[3] http://www.itu.int/net4/wsis/forum/2015/

[4] Image ITU day 2

[5] Africa Internet Summit 2015 – AIS’15 https://internetsummitafrica.org/fr/  

[6] www.itu.int/net/pressoffice/press_releases/2015/17-fr.aspx#.VW60plLXzoJ

[7] www.itu.int/net4/wsis/sdg/Content/wsis-sdg_matrix_document.pdf

[8] www.undp.org

[9] www.undp.org/content/undp/fr/home/mdgoverview/mdg_goals/post-2015-development-agenda/

[10] https://sustainabledevelopment.un.org/post2015/summit

[11] www.wsis.org/sdg

[12] www.itu.int/net4/wsis/forum/2015/

[13] www.agendas.ovh/event/ict4all-2015

[14] www.ciomag-event.com

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