Sitting in the fire (Assis dans le feu)

Traduction libre de morceaux choisis du livre d’Arnold Mindell  « Sitting in the Fire« , Lao Tse Press, Portland, 1995, 268 p.sachant que des ressources complémentaires sont disponibles sur le site anglais d’Arnold et Amy Mindell ; sur le site français de la maison du Processwork en complément du glossaire de notre traduction et sur la page thématique dédiée à la facilitation des conflits politiques

Ch 1 : La liberté au prix du feu

  • Dans une situation tendue, le facilitateur s’abstient de prescrire ce que les gens devraient faire. De telles prescriptions laissent toujours de côté les opinions des minorités et des gens sans pouvoir. (p. 19)
  • Au lieu de chercher à contrôler les groupes, le facilitateur aide les gens à s’ouvrir les uns aux autres, à l’atmosphère ambiante. (p. 19)
  • Dans un groupe, certains problèmes doivent être résolus de manière structurée, linéaire, rationnelle. Mais les solutions vont apparaître seulement si l’atmosphère a été préalablement assainie, en apaisant les tensions relationnelles. (p. 19)
  • Le facilitateur s’intéresse en priorité à l’atmosphère du groupe. […] Dans certains cas, par exemple lorsqu’une entreprise doit fermer, l’atmosphère et si tendue et déprimée que personne ne peut s’attaquer au problème. [p. 19]
  • S’il n’est pas reconnu, tout pouvoir peut devenir oppressif et nuisible. (p 21)

Ch 2 : Les groupes, ces maîtres impossibles

  • Un travail intérieur est nécessaire pour nous rendre assez sages afin d’être capables de nous asseoir dans le feu des conflits (p. 33)
  • Les postures qui interdisent la colère implicitement ou explicitement, provoquent finalement le conflit car elle favorise les gens privilégiés qui peuvent vivre dans des endroits où les conflits sociaux peuvent être évités. (p. 37)
  • Les personnes privées du pouvoir et des libertés du courant majoritaire n’ont que deux choix : les émeutes et les révolutions d’une part ou bien la drogue et le crime d’autre part (p. 37)
  • Chaque fois que tu œuvre à te libérer d’un sentiment d’oppression personnelle, tu commences à transformer la culture dans laquelle tu vis. (p. 38)
  • Le facilitateur contribue à une plus grande démocratie, il éveille conscience sur la manière dont le pouvoir peut asservir les gens et celle dont il peut être transformé. (p. 39)
  • Même si elles sont importantes, les lois ne peuvent pas éradiquer l’oppression, le sexisme, le racisme. Elles en repoussent les limites à un endroit où ils continuent à être actifs. (p. 42)
  • Les peuplades traditionnelles ont beaucoup à nous apprendre à propos de l’atmosphère et de ce que contient le champ de forces (p. 44)
  • Je dois introduire des nouveaux concepts de limite (edge), d’air du temps (time spirit), de point chaud (hot spot) pour inclure les expériences d’exclusion. (p. 45)
  • Si les tyrans perdent leur pouvoir au profit des défenseurs de la liberté, peu de choses changent […] parce qu’un pouvoir sera remplacé par un autre. Pour que les choses changent, il faut que la conscience de la communauté grandisse par rapport à leur propre pouvoir et à celui des autres (p. 45)
  • Nos blessures d’enfant réapparaissent quand nous traitons des conflits sociaux. […] J’ai autant appris sur moi dans ces conflits que dans le travail intérieur (p. 46)
  • Finalement, on commence à réaliser que les situations les plus impossibles peuvent être nos plus grands maîtres, sources d’enseignement. (p. 47)

Ch 3. Le double signal du rang

  • Le rang est une drogue, plus on en a, moins on voit ses effets sur les autres. (p. 49)
  • Nous avons tous des rangs. Notre comportement montre à quel point nous en sommes conscients ou pas. (p. 49)
  • [Avec ses privilèges associés], notre rang nous aveugle sur la valeur des autres (p. 50)
  • Les gens bien intégrés la société tirent évidemment du pouvoir de ce privilège, mais il en résulte un handicap, car ils sont moins capables de voir leur rang que ceux qui leur étaient inférieurs. Le résultat est qu’ils ne parviennent pas à comprendre les autres (p. 50)
  • Quand ils attaquent le rang des autres, ceux qui se révoltent ne sont pas seulement victimes, mais aussi puissants, sur une sorte de terrain spirituel. Comme ceux qui les ont provoqués, ils ne sont souvent inconscients de leur pouvoir. (p. 51)
  • Les facilitateurs veulent habituellement protéger ceux qui ont le moins de pouvoir. Mais quand le conflit émerge, ceux qui ont le plus de pouvoir sont aussi vulnérables. (p. 51)
  • Les bien-portants ne peuvent pas comprendre la violence de ceux qui ne le sont pas. (p. 52)
  • Nous faisons comme si les autres étaient là où nous sommes, au lieu d’essayer de comprendre où ils sont. (p. 52)
  • Les personnes conscientes de leur rang savent qu’ils ont hérité d’une grande partie de leur pouvoir et que tous n’ont pas eu cette chance (p. 52)
  • Le rang masque souvent un pouvoir. il émet des signaux doubles qui abusent inévitablement les autres. (p. 58)
  • La plupart de nous sommes conscients des rangs et des pouvoirs que nous n’avons pas, en oubliant les rangs et pouvoirs que nous avons (p. 58)
  • Le plafond de verre ne peut être vu (p. 59)
  • Pour survivre, beaucoup de personnes marginalisées se tournent vers la spiritualité qui leur permet d’accueillir et de supporter leurs peines (p. 60)

Ch 4 pouvoirs et préjudices

  • La première cause des conflits étant le déséquilibre des pouvoirs le facilitateur commence par regarder, écouter, accueillir avec empathie les sentiments de pouvoir et d’oppression de chaque côté du conflit (p. 61)
  • Le monde dans lequel nous vivons est polarisé à tous les niveaux. Il est composé de ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas, les victimes et les persécuteurs. Chacun de nous appartient, d’une certaine manière, aux deux catégories. (p. 65)
  • Le facilitateur cherche à faire émerger une nouvelle catégorie d’acteurs : les sages. (p. 65)
  • En écrivant ce livre, j’ai compris que les trois mondes de la vie intérieure, des relations interpersonnelles, et du monde sont divers aspects d’un même type de processus (p. 66)
  • Le facilitateur n’admire pas le politiquement correct. Il soulève le couvercle des ressentis. Chacun a le droit de dire ce qu’il estime juste. Si nous nous focalisons sur la chaleur des tensions qui en résultent, un changement positif peut survenir. (p. 68)
  • Les couples hétérosexuels classiques ont un grand pouvoir du simple fait qu’ils sont en couple. (p. 69)
  • Tolérez des moments de peur et de chaos, invitez tous les fantômes, faites silence sur votre intérieur, parlez de vos pouvoirs, utilisez les pour éclairer les préjudices qu’ils causent. Vous verrez ce qui se passera. (p. 71)
  • Voici neuf questions à approfondir pour découvrir vos rangs et leurs privilèges associés :
    1. à quel groupe ethnique appartenez-vous ?
    2. de quels privilèges et avantages vous sentez vous privés du fait de votre identité ?
    3. de quels privilèges bénéficiez-vous ?
    4. célébrez vos privilèges en vous-mêmes ou avec des amis
    5. pensez à vos privilèges psychologiques
    6. qu’en est-il de vos privilèges spirituels ?
    7. Quel usage faites-vous de vos principaux privilèges ?
    8. Quels effets et tensions en découlent dans les groupes auxquels vous appartenez ?
    9. Comment pourriez-vous utiliser vos rangs et privilèges pour changer vos relations, votre communauté, le monde ? (p. 72-73)

Ch 5 Revanche et transformation culturelle

  • La revanche est une sorte de pouvoir spirituel, pour égaliser des injustices sociales (P ; 78)
  • Les personnes abusées n’ont que deux choix : s’engourdir ou abuser. (p. 79)
  • Curieusement, le premier signe de la revanche est la passivité : surprise, honte, engourdissement, retrait ou angoisse. Il est important de repérer ces signes qui activent tôt ou tard la loi du talion, avec vengeance et revanche. (p. 79)
  • Dans des stades précoces, le désir de revanche se manifeste par des formes subtiles : traîner les pieds, arriver en retard, éviter une conversation, être ailleurs, participer à une grève, ne pas réagir quand on nous parle, se mettre en colère, désespérer ou pleurer. La dépression et le mauvais esprit peuvent être des moyens de revenir aux autres ou de les rendre coupables (p. 79)
  • Un bon facilitateur approfondit les crises en explorant les menaces et les signaux doubles : qu’y a-t-il derrière ta colère ? peux-tu en dire plus ? Qu’y a-t-il derrière ton sourire ? Penses-tu que l’autre est mal et a besoin de ton aide ? Les paroles du facilitateur sont moins importantes que son intention d’aider à la compréhension. (p. 81)
  • Cf le récit de la facilitation du conflit russo-caucasien
  • La fureur qui sous-tend le désir de revanche n’est que le début d’un important processus. C’est l’une des forces qui peut engendrer un changement culturel. (p. 87)
  • Voici les questions que vous pouvez vous poser à propos de votre propre désir de vengeance : (p. 88)  :
    • Rappelez-vous un conflit dont vous avez gardé une amertume ;
    • Une des acteurs a-t-il abusé de son rang sans que vous puissiez vous en défendre ;
    • Aviez-vous un désir de revanche en l’abaissant ?
    • Votre désir était-il actuel ou inspiré d’un abus du passé ?
    • Votre désir de revanche a-t-il aggravé ou prolongé le conflit ?
    • Pourriez-vous comprendre et dominer votre désir de vengeance si un tel conflit se reproduisait ?
  • Ch 6 Embrasser le terroriste
    • La vengeance réprimée conduit au terrorisme, et le terroriste inquiète tout le monde. Ce rôle est rempli de temps en temps par la plupart d’entre nous, parce que chacun veut se venger des abus du passé. Le terroriste combat pour la liberté et la justice contre un autre rôle, celui du détenteur du pouvoir social et de la domination collective. Ainsi, le terroriste est un rôle fantôme qui hante la plupart des groupes partout et toujours. (p. 89)
    • Nous sommes parfois à la place du pouvoir et, parfois, essayant de nous venger des abus de pouvoir. (p. 89)
    • Les sociologues définissent le terrorisme comme un acte politique organisé en vue de tuer. (p. 90)
    • Je préfère la définition suivante : une personne ou un groupe combattant pour la liberté en luttant contre les discriminations induites par le courant dominant. […] Cette définition étend le concept du terrorisme non seulement aux groupes marginaux agissant pour une revanche politique mais aussi aux agissements dans des groupes produisant de la peur ou des souffrances psychologiques. (p. 90-91)
    • Le but du terrorisme est de faire comprendre aux puissants la nécessité d’un changement. (p. 91)
    • Aussi longtemps que la psychologie et la psychiatrie ignorent l’aspect social, ils abaisseront les jeunes, les femmes, les pauvres, les gens de couleur, les vieux, les homosexuels les criminels et les drogués comme si toutes ces personnes devaient résoudre leurs problèmes sans que le reste du monde ait besoin de changer. Ainsi, la psychologie exacerbe les problèmes au lieu de les soulager. (p. 92)
    • Les psychotiques et autres sortes de déséquilibrés qui perturbent ou effraient le courant dominant sont des acteurs potentiels du changement (p. 92)
    • J’espère qu’en dépathologisant le terrorisme, nous parviendrons à le voir comme un processus social normal susceptible de contribuer à créer un monde plus équitable (p. 92)
    • L’intention d‘un terroriste est de souligner les divisions qu’un groupe ne veut pas reconnaître (p. 93)
    • Les démocraties fuient les terroristes et les ignorent en leur disant implicitement « Je ne veux pas vous entendre. Vous et vos difficultés ne sont pas importantes. Eloignez-vous de moi avec vos problèmes !» La réponse implicite des terroristes est la suivante « Réveillez-vous ! Vous êtes en procès ! Si vous ne nous écoutez pas, nous mettrons une bombe dans votre maison. Cela vous réveillera»  (p. 94)
    • De mon point de vue les petits cercles sont aussi importants que la scène internationale. Les problèmes du monde doivent être traités dans des forums restreints, où il est possible d’exprimer sa fureur en étant tout de même entendu (p. 95)
    • Quand nous invitons les autres à ne pas abuser de leur pouvoir, nous serons d’autant mieux entendus que si nous sommes conscients que notre propre pouvoir peut être aveugle et addictif (p. 95)
    • Voici neuf caractéristiques du terrorisme dans un groupe : 1. Quête du²²²²²²²²²²²² pouvoir ; 2. Désespoir ; 3. Témérité ; 4. Allégeance ; 5. Addiction : 6. Injonctions contre les représailles ; 7. Condamnation du groupe ; 8. Autodestruction ; 9 Inconscience de sa force.
    • Les adeptes de la violence comme moyen de corriger les injustices sont plus flexibles que les médias nous le font croire. Ils peuvent changer rapidement. (p. 99)
    • Les objectifs fondamentaux des marginaux qui recourent à la violence sont le pain (autonomie économique), la liberté et le respect qui leur permettraient de survivre. […] Ils veulent des actes et pas seulement des paroles (p. 100)
    • Rappelez-vous l’histoire. Ceux qui ont été blessés ont toujours eu à éclairer le courant dominant, jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à ce que quelqu’un comprenne le terroriste, en nous permettant à tous de se transformer ensemble. (p. 102)

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